[Jeudi 30 et vendredi 31 juillet 2026, près de 50 000 migrants ont pris d’assaut avec succès la frontière qui sépare le Maroc de l’enclave espagnole de Ceuta, causant la mort d’au moins 72 d’entre eux, avant que la plupart ne reparte dans l’autre sens. L’article ci-dessous, qui revient en détail sur les premiers assauts contre cette frontière et la question de l’auto-organisation, a été publié en décembre 2008 dans le premier numéro de la revue anarchiste internationale « A corps perdu ».]
A l’assaut de Ceuta et Melilla
Malgré une longue tradition de poncifs militants, on aurait tort de continuer à parler d’ « Europe forteresse ». Si l’expression est commode, elle fait oublier que les étrangers riches n’ont pas de problème d’accès au territoire européen. Elle cache aussi surtout le fait que le continent reste une terre d’immigration légale ou légalisée, comme elle l’a toujours été, en fonction des besoins de main d’œuvre. Le décalage croissant entre des immigrés choisis par nationalités, quotas ou durée de survie avant régularisation et tous ceux qui continuent d’arriver sans demander d’autorisation a ainsi souvent pu conduire à cette simplification.
Les deux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc constituent l’une des seules voies terrestres pour accéder en l’Europe. Si on sait que la Méditerranée constitue un des plus grands cimetières européen en raison du nombre de réfugiés noyés lors de la traversée vers l’Italie (Lampedusa et la Sicile), l’Espagne (le détroit de Gibraltar, les Canaries), mais aussi vers Chypre ou Malte, cette frontière a longtemps offert l’avantage d’un passage gratuit et plus sûr, pour peu que l’auto-organisation et la détermination soient au rendez-vous.