Archives de catégorie : Commentaires déplacés

Introduction à la cartographie de l’industrie locale de l’armement et de ses points faibles

Note du traducteur·ice : cet article est la traduction d’un article paru en allemand sur le site ruestungsindustrie.noblogs.org. Bien qu’il s’inscrive dans le contexte de l’Allemagne, il a été traduit dans l’idée de servir d’inspiration à des recherches similaires dans d’autres contextes, notamment en France.


Pourquoi est-il nécessaire de procéder à une analyse minutieuse de l’industrie de l’armement avec tous ses fournisseurs, sa logistique, ses financeurs, ses chercheurs et ses lobbyistes ? Ne suffit-il pas de savoir où se trouvent les principaux fabricants d’armes et d’équipements de guerre pour pouvoir les attaquer ? Comme la campagne « Disarm Rheinmetall » par exemple, qui a décidé, du moins en principe, de concentrer son opposition à l’industrie de l’armement sur l’une des plus grandes entreprises d’armement d’Allemagne, le groupe Rheinmetall ? Bien sûr, ce serait une grande victoire de réussir à détruire les grandes entreprises d’armement dont l’activité principale tourne autour des armes et du matériel de guerre, mais si l’on est réaliste un instant, les installations d’entreprises telles que Rheinmetall, Krauss-Maffai Wegmann, Heckler & Koch, DIEHL Defence, Airbus, etc., blindées de barbelés, surveillées par des caméras et contrôlées par des patrouilles de sécurité, n’offrent qu’un champ d’action marginal pour des sabotages et des attaques (précises). Certes, ce sont les producteurs de chars, d’avions de combat, de mitrailleuses, de missiles et de bombes qui nous font particulièrement horreur, qui produisent le plus visiblement le matériel utilisé pour les meurtres, les génocides et les massacres perpétrés ailleurs dans le monde. Ce sont toujours ces producteurs qui suscitent les contestations sociales, mais uniquement parce que l’industrie de l’armement a à moitié réussi à cacher le reste de sa structure, de sa logistique et de ses profiteurs. En tant qu’antimilitaristes et anarchistes, nous ne devons pas tomber dans ce piège.

Une analyse minutieuse de l’industrie de l’armement, révélant ses réseaux, ses enchevêtrements, ses fournisseurs, sa logistique, ses chercheurs et ses lobbyistes, sans oublier ses financeurs, peut d’une part montrer à quel point la technologie et la production sont étroitement liées à la guerre, et contrer le mythe selon lequel toute entreprise (d’armement) peut simplement être « désarmée » et produire des biens civils pour la prospérité générale. D’autre part, une telle analyse peut également mettre en évidence les points faibles où le sabotage et les attaques sont possibles à un niveau beaucoup plus modeste, où il n’est pas nécessaire d’escalader les clôtures de barbelés, de tromper les caméras et, enfin, de déjouer le personnel de sécurité avant même de se trouver dans les vastes locaux de l’un des sites de production du meurtre organisé. Et pourtant, les attaques sur ces points faibles peuvent avoir exactement le même impact, à savoir l’immobilisation d’installations de production et/ou la destruction de matériel de guerre manufacturé avant même qu’il n’atteigne l’un des champs de bataille de ce monde. Lire la suite

Munich (Allemagne) : Chasser les politiciens de la lutte contre la destruction de l’environnement ?

traduit de l’allemand de de.indymedia, 19 janvier 2022

En ce moment, il semble en vogue de surfer sur la vague des protestations contre la destruction de l’environnement, et surtout contre le changement climatique, en compagnie de politiciens, de scientifiques, d’industriels et de toutes celles et ceux qui aspirent à le devenir. Il s’agit avant tout de se faire mousser ici et là en tant que porte-parole, de se mettre en scène avec des actions médiatiques et symboliques, ainsi qu’avec un radicalisme verbal s’exprimant dans les médias en n’hésitant pas à casser du sucre sur d’autres. Et particulièrement lorsque des individus décident de ne pas participer à ce ridicule jeu politique pour plutôt attaquer là où la destruction de l’environnement se déroule effectivement, là où l’attaque ne se dirige pas juste contre quelques simples clichés diabolisés, mais touche aussi l’ensemble des hypocrites qui savent si bien se présenter comme “sympathisant-e-s du climat”. En réalité, alors que l’environnement se fait défoncer plus durement que jamais, ils et elles sont prêt-e-s à se jeter dans la brèche pour condamner ces attaques, déclarer qu’elles vont dans la mauvaise direction, en s’exerçant à la dénonciation.

L’exemple le plus récent a eu lieu il y a quelques jours autour de “la forêt de Kasten” à Munich. Auparavant, il y avait déjà eu des protestations autour de cette forêt qui doit (devait) être abattue pour faire place à une gravière. Des initiatives citoyennes locales, une occupation de forêt organisée principalement par des activistes du milieu d’extrême-gauche, et qui a à chaque fois été expulsée de manière spectaculaire par le SEK (Commandos d’intervention spéciaux de la police) peu après que des personnes aient grimpé dans les arbres, ce qui semble avoir aussi été dans l’intérêt des activistes.
Lorsque, au début de l’été 2021, le courant a été volontairement coupé dans l’Est de Munich, les auteur-e-s de l’attaque ont aussi déclaré que parmi d’autres raisons telles que le sabotage de la grande entreprise d’armement Rohde und Schwarz, la décision du conseil municipal d’abattre la forêt de Kasten, les avait aussi poussé à l’action. En outre, en août 2021, une bande transporteuse a également brûlé précisément dans la gravière qui, mètre carré par mètre carré, arrache déjà littéralement le sol sous la forêt de Kasten. Hasard ? Mais aussi bien lorsque le courant a été coupé à l’Est de Munich qu’après l’incendie de la bande transporteuse dans la gravière qui a causé des millions de dégâts, certain-e-s de ces activistes et politicards qui s’étaient mis-e-s en avant médiatiquement lors des occupations de la forêt et des manifestations, se sont aussitôt empressé-e-s de déclarer à la presse qu’ils et elles n’avaient évidemment rien à voir avec cette sorte d’attaques, mais étaient pour des protestations pacifiques.
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Hausse du cours du sabotage d’antennes et de fibre optique !

Die Lust der Zerstörung ist zugleich eine schaffende Lust
Bakounine, 1842

Suite aux sabotages coordonnés du 28 avril dernier contre plusieurs tronçons de câbles de fibre optique du réseau hexagonal d’internet (notamment celui de SFR), la Fédération française des télécoms (FFT) qui réunit l’ensemble des grands opérateurs avait immédiatement fait feu de tout bois afin de tenter de minimiser leur impact, en mettant en avant la résilience des réseaux. Et ce, bien que des millions d’habitants de Grenoble, Besançon, Reims ou Strasbourg, sans compter ceux de la région parisienne et les dizaines de milliers d’entreprises, aient été temporairement privés de leurs laisses électroniques. C’était en somme une communication de crise de la FFT, destinée à rassurer les braves citoyens, tout en ne donnant surtout pas de mauvaises idées à celles et ceux que cette attaque pourrait inspirer, vu que les trappes de ces réseaux sensibles se trouvent un peu partout, et qu’il est bien sûr impossible de mettre un flic au pied de chacune d’entre elles.

Deux semaines plus tard, une fois l’orage passé, c’est à présent loin des projecteurs chauffés à blanc que le Président de la FFT a quelque peu changé son fusil d’épaule. Dans une longue interview alarmiste donnée à un journal économique spécialisé, La Tribune du mardi 10 mai, c’est en effet sous un titre éloquent (« Il faut durcir les sanctions pour les actes de vandalisme ») qu’Arthur Dreyfuss vient réclamer à grand cri « un fort durcissement des sanctions pénales pour qu’elles soient vraiment dissuasives » contre les saboteurs, vu que « l’enjeu n’est pas seulement de protéger les opérateurs, mais aussi toutes les activités les plus sensibles et essentielles du pays ». Et pour étayer son propos carcéral, quoi de mieux que de lever un coin de voile sur l’ampleur réelle des sabotages contre les réseaux de communication, en pointant cette fois leur nombre et leur caractère « criminel», notamment pour les activités étatiques « de sécurité ou de défense», qui sont effectivement très dépendantes de tous ces câbles ?
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De Spilamberto à Piancastagnaio (Italie) : feu aux antennes-relais

Spilamberto (Modène), nuit du 21 février 2022

A Spilamberto (province de Modène), et plus précisément près du lac dans le quartier de San Vito, les pompiers ont été appelés la nuit de dimanche à lundi 21 février vers 4h30 par des habitants de la zone pour éteindre un début d’incendie. Une fois sur place, ils ont bien dû constater que les flammes étaient en train de dévorer le mât d’un relais de téléphonie mobile en provoquant d’importants dégâts à la structure, vu qu’elles avaient déjà atteint son sommet en courant le long des câbles. Plusieurs compagnies de téléphonie ont bien entendu rencontré des problèmes de signaux dans la zone.

Quant aux carabiniers, ils ne se prononcent pas sur les causes de l’incendie, mais vu les circonstances, on serait presque tentés de leur suggérer un probable suicide de l’antenne – certainement lasse de servir le contrôle policier et sanitaire ou d’assister au télétravail, et peut-être même désireuse de suivre le sort de nombre de ses collègues en Italie comme un peu partout en Europe depuis quelques années. Lire la suite

La guerre commence ici

La guerre commence ici : paralysons son infrastructure,
là où nous le pouvons

traduit de l’allemand de zuendlappen, 9 février 2022

Il est difficile d’évaluer la situation actuelle en Ukraine d’un point de vue politique. Le tout ne relève-t-il que du traditionnel concours de bistouquettes de quelques militaires et politiques mégalomaniaques et va-t-en-guerre, ou la guerre va-telle effectivement advenir ? Ce texte [sorti deux semaines avant le début de l’invasion russe] laisse ces questions de côté pour plutôt se consacrer à celles qui, dans notre perspective, font plus sens : comment est-il possible de saboter un conflit militaire, une guerre, une éventuelle guerre de l’OTAN ? De par sa nature, ce texte ne peut tout au plus donner que quelques pistes et notre intention n’est absolument pas de présenter des solutions toutes faites, mais juste de poser quelques idées sur la table.

Nous publions ce texte sur internet, parce que nous voulons partager ces réflexions avec le plus grand nombre possible de compagnon-ne-s, avec lesquels il nous serait impossible de rentrer personnellement en contact pour discuter de ces questions. Nous pensons cependant que tout approfondissement (stratégique) de ce débat ne devrait pas avoir lieu sur internet, avant tout parce que cela sert à la répression et que cela n’aurait presque aucun avantage pour celles et ceux qui sont de toute façon déterminé-e-s à employer leur énergie créatrice pour mener plus loin quelques-unes des idées esquissées ici.

Pour certain-e-s, les informations présentées ici ne seront pas une nouveauté. En fin de compte, la majeure partie de tout cela est clair et bien connu. Nous pensons pourtant qu’il vaut la peine de se rappeler quelques détails de la logistique militaire qui, dans les débats autour de guerres lointaines, sont peut-être un peu passés à l’arrière-plan.
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En Bavière comme ailleurs…

Quand on est pompiers volontaires dans une petite ville bavaroise comme celle de Höchberg (en périphérie de Wurtzbourg), on ne s’est pas vraiment engagé pour descendre les petits chats coincés dans les arbres ou vider la caves inondées par la rivière Kühbach à force de bétonisation urbaine. Même s’il faut souvent faire avec. Non, quand on est pompiers volontaires –à Höchberg comme ailleurs–, on veut combattre du vilain feu au nom de l’ordre et de la sécurité. On veut éteindre de méchantes flammes en défendant le contrôle étatique et la prospérité du commerce.

Eh bien pour une fois, on peut dire qu’ils ont été servis. En tout cas ceux qui étaient de garde lors de leurs lendemains de cuite, puisque c’est le 2 janvier vers 3h50 que l’alarme a finalement retenti dans la caserne aux aguets. Après s’être rendus en bordure du village, du côté de la forêt de Zeller, ils n’ont donc pas été déçus en voyant une grande antenne-relais illuminer la nuit de ses flammes. Et si beaucoup d’honnêtes citoyens qui dorment sur leurs deux oreilles ignoraient jusque-là sa présence parmi les arbres majestueux, alors qu’elle leur rendait pourtant de fiers services en rempaillant une existence vide de sens, ce n’est certainement plus le cas depuis qu’ils sont déconnectés.

Quant à l’origine de cette combustion qui est tout de même partie des câbles du bas pour remonter le long du mât avant que les petits soldats du feu ne viennent gêner sa progression, elle reste bien sûr « d’origine inconnue » selon la police. Mais foi de pompiers volontaires, le coup de l’auto-combustion nocturne et spontanée de structures de télécommunication, on ne le leur fera pas ! Car pour une fois qu’il se passait quelque chose d’intéressant à Höchberg, ce serait en effet vraiment le comble…

(synthèse de la presse allemande locale, 11 janvier 2022)

Puisque le rouge leur va si bien

La petite ville de Gauchy (Aisne) et ses 5000 habitants paumés au milieu de la morne campagne picarde ne paie a priori pas de mine. En y regardant d’un peu plus près, c’est pourtant un patelin qui fait non seulement la fierté des braves ouvriers ayant élu des maires staliniens jusqu’en 2014 avant de se prononcer pour un ex-gendarme… mais également celle des friqués et des hommes de pouvoir qui trônent au sommet de l’État. Et pour cause, vu que la besogneuse commune abrite en même temps l’usine de parfums de luxe du groupe L’Oréal en partance pour le monde entier, et une seconde qui réserve ses effluves aux plus pauvres de la planète, en y répandant une odeur de sang, de guerre et de mort.

Cette dernière se nomme Hazemeyer, modeste PME d’une centaine d’exploités devenue filiale du groupe Comeca, dont la spécialité est la construction apparemment anodine d’énormes armoires à basse tension pesant parfois plusieurs tonnes. Il ne s’agit cependant pas de n’importe lesquelles –sinon pourquoi concevoir, découper et plier sur-mesure la tôle de ces équipements électriques, avant d’assembler chacun de leurs milliers de câbles manuellement avec autant de minutie ?–, puisqu’elles équipent des navires de guerre de l’armée française, des complexes et plateformes pétrochimiques (Total, Arkema, Solvay ou Exxon), des centrales nucléaires et centres de recherche d’EDF, ainsi que de nombreux data centers récemment inaugurés (ceux des banques Société Générale et Crédit Agricole ou une partie des 230 du géant Equinix).
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« Quasiment tous conspis », vraiment ?

[Parmi les plusieurs centaines de sabotages d’infrastructures de télécommunication qui se produisent depuis 2018, il est par nature impossible de savoir qui a pu les commettre, sans compter que n’ayant pas une mentalité policière ce qui ? ne nous intéresse pas, a fortiori lorsqu’ils ont volontairement choisi de ne pas laisser de message derrière eux.
Par contre, sur la petite partie de personnes arrêtées, il y a bien entendu eu plusieurs fachos et réactionnaires comme la personne de l’Isère en avril 2021 ; un quinquagénaire « anti-5G mais pas anti-fibre optique » dans la Drôme en mars 2021 ; les deux moines intégristes du Rhône ce mois-ci ou le récent illuminé parisien carrément conspi, accusé du sabotage de 26 antennes (voir ci-dessous) ; mais également toute une diversité comme les accusés mutiques de Douai en juillet 2020, à part un bref « je suis contre la 5G, qui a des effets néfastes pour la santé et l’environnement », et chez lesquels les flics avaient retrouvé du matos d’agitation « antifasciste et anarchiste » ; un petit groupe de cinq gilets jaunes qui s’en prenait « à tout ce qui touche à l’État » dont une antenne-relais en Dordogne condamnés en mars 2021 ; un autre groupe de quatorze gilets jaunes accusés de l’incendie de neuf antennes en Alsace en septembre 2020 ; deux amis dont l’un a dénoncé «  le côté néfaste de la 5G sur la santé et sur les animaux » au procès et condamnés dans le Jura en juillet 2020 ;  les trois personnes de gôche accusées dans le Limousin en juin 2021 ; les deux amis dont l’un tendance citoyen-écolo arrêtés dans les Alpes-maritimes en juin 2020 ; bien sûr le compagnon anarchiste Boris incarcéré en septembre 2020 suite à un sabotage anonyme dans le Jura dont il a pris la responsabilité après son arrestation, et actuellement dans le coma suite à un incendie de cellule ; un gilet jaune incarcéré en juin 2019 dans le Var pour plusieurs incendies (radars, station service) dont deux antennes et dont on ne sait rien ; les trois personnes incarcérées dans les Alpes-de-Haute-Provence en avril 2019 suite à des sabotages contre des infrastructures d’énergie ou de téléphonie, et dont on ne sait rien ; ou encore ces quatre gilets jaunes de la Nièvre qui avaient cramé quatre armoires et huit pylônes de téléphonie, condamnés en décembre 2019, et dont l’un repassait seul en septembre 2021 pour deux armoires et deux antennes (voir ci-dessous).
Alors assez d’ « ineptie idéologique » qui projette et reprend à bon compte les catégories de l’Etat contre une lutte en cours, et que chacun chacune agisse de la manière qui lui semble la plus adéquate… et pour ses propres raisons, évidemment !]


Un homme de 37 ans jugé coupable d’avoir incendié des installations téléphoniques dans le Cher et la Nièvre avec des cocktails Molotov
Le Berry Républicain, 22 septembre 2021
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Albi (Tarn) : une nouvelle antenne-relais met fin à ses jours [mis à jour]

Le nombre de choses dérisoires qu’on peut  apprendre dans les flash-infos des petites stations locales entre deux tubes à la mode, un spot gouvernemental et une réclame pour la grande surface du coin, a généralement de quoi nous faire regretter le silence.

Tenez, mardi 24 août par exemple, dans le journal régional de 16h de la dénommée 100% radio, qui sévit au sein du triangle Pau-Cahors-Perpignan, on y parlait encore de l’hypermarché Géant Casino. Mais surprise, il ne s’agissait plus de promouvoir le dernier gadget flambant neuf en mode rentrée scolaire. Oh, bien sûr, il a certes encore été question de flambant… mais cette fois plutôt en mode pylône de téléphonie mobile. Car voici la dépêche succincte que le présentateur a débité à ses auditeurs pressés en ouverture du point-info régional, avec quelques jours de retard : « A la Une de l’actualité dans le Tarn, les pompiers mobilisés dans la nuit de samedi à dimanche pour un feu sur une antenne-relais à Albi, route de Millau, près du Géant Casino. L’origine du sinistre serait accidentelle. » Quant au concurrent papier de La Dépêche du Midi, il s’est contenté de rajouter dans un petit entrefilet que l’incendie s’était déclenché « vers 3h du matin ».
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La petite suggestion de Lagertha

Érigé sur la pointe nord de l’île danoise de Seeland, le majestueux château d’Elseneur a contrôlé pendant quelques siècles le détroit menant vers la mer baltique. Si ce monument fait aujourd’hui encore la fierté des habitants du coin, d’autres ne manquent pas de rappeler avec malice qu’il reste surtout connu en dehors de l’île pour avoir servi de cadre à une célèbre tragédie, de laquelle on ne retient généralement que le fait qu’ « il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark ». Qui plus est, on ne peut même pas compter sur l’actualité récente pour démentir le vieil adage shakespearien, au contraire. N’est-ce en effet pas là que le 3 juin dernier a été votée la loi permettant de dégager en masse les demandeurs d’asile du pays, en sous-traitant désormais leur « accueil » à des pays-tiers hors Union européenne le temps de l’étude du dossier (des discussions sont en cours avec l’Egypte, l’Ethiopie et le Rwanda) ? Et n’est-ce pas ce territoire du vieux continent qui a été pionnier dans l’imposition à la population d’un Coronapas dès le 21 avril, obligatoire pour les plus de 15 ans dans les cinémas, les stades, les bibliothèques, les bars ou encore… les auto-écoles et autres salons de coiffure ?

D’un autre côté, c’est également dans ce pays nordique qu’une petite suggestion anonyme a alors resurgi, offerte à tous les contestataires qui brûlent actuellement d’en finir avec ces nouvelles mesures liberticides. Une petite suggestion qui s’est même répétée par deux fois (au cas où quelqu’un n’aurait pas bien entendu) à une trentaine de kilomètres du château d’Elseneur, en touchant précisément quelque chose de pourri du royaume du Danemark et d’ailleurs. Celle-ci consiste rien moins qu’à perturber les contrôles d’identité de la police et ceux du QR code sanitaire effectués par n’importe quel autre larbin en sabotant les ondes qui connectent smartphones et tablettes à leurs indispensables bases de données en tout genre.
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Wanted interconnectés

Saarlouis, petite bourgade allemande de 35 000 habitants située à une cinquantaine de kilomètres de Metz (Moselle), ne fait pas souvent parler d’elle de ce côté-ci en dehors des manuels d’histoire. Les nostalgiques d’une France expansionniste se souviendront par exemple que cette ville-forteresse fondée par Vauban en 1680 est restée un morne poste frontalier jusqu’à la chute de l’empire napoléonien en 1815, avant de redevenir hexagonale par deux fois lors de l’occupation forcée de la région de la Sarre ayant suivi chaque guerre mondiale (1920-1935, 1945-1956). Quant aux plus autoritaires, ils écraseront certainement une larme en découvrant que Saarlouis fut la ville de naissance de Marx-père, né sujet du Royaume de France et mort sujet du Royaume de Prusse, alimentant peut-être la vindicte de son fameux rejeton contenue dans sa lettre à Engels du 20 juillet 1870 lors de la guerre franco-prussienne, quelques mois avant que la Commune de Paris ne vienne rebattre les cartes : « Les Français ont besoin d’une raclée. Si les Prussiens l’emportent, la centralisation du pouvoir d’Etat favorisera la centralisation de la classe ouvrière allemande… la suprématie allemande déplacerait [enfin] le centre de gravité du mouvement ouvrier ouest-européen en le transférant en Allemagne. »

Oubliée de beaucoup, Saarlouis a pourtant refait parler d’elle le 2 juillet dernier, lorsque le journal Bild a publié deux photos du visage d’un inconnu (masqué) en pleine action, capté par une caméra de vidéosurveillance, sous ce titre retentissant : « Prime de 2000 euros offerte. Qui connaît cet incendiaire d’antennes-relais ? ». Jusqu’alors plutôt discrète sur des faits qu’elle n’avait pu entièrement taire, et certainement lasse de faire chou blanc, c’est donc aux lecteurs d’un torchon populiste que la police a décidé de faire confiance pour l’aider dans ses recherches, n’ignorant pas qu’une bonne partie de son lectorat est justement composé des milliers d’ouvriers et de leurs familles de l’usine automobile Ford-Europe, qui fait vivre la bonne ville de Saarlouis depuis une cinquantaine d’années. Rien de nouveau sous le soleil en tout cas, puisque la pratique délatoire du journal du groupe Springer et son étroite collaboration avec la police remonte aux lointaines et tumultueuses années 60 contre les dits « groupes extraparlementaires », ce qui lui avait d’ailleurs valu de nombreux déboires, y compris explosifs.
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Roberval (Québec) : beau comme un tribunal réduit en cendres

A force de voir tant d’hommes et de femmes menottés être trimballés sans ménagement à travers d’interminables couloirs, puis partir en taule à la nuit tombée… A force d’assister à tant d’audiences en visioconférence où câbles et écrans empêchent désormais de cracher physiquement à la gueule des juges, ou de réfléchir plein de rage au bon moment pour sauter du box et tenter de prendre la poudre d’escampette… A force de contempler un bel échantillon de ce que le genre humain peut offrir de plus vil – bourreaux en uniforme, crapules en toges, journalistes consciencieux, experts de la raison du plus fort, greffiers je-ne-fais-que-mon-travail, balances repentantes… A force d’entendre les plaintes de beaux parleurs réclamer ce qu’un outil de la domination ne peut structurellement pas leur donner, à savoir la justice ou la vérité, qui plus est inexistantes au ciel comme sur terre… A force même, qui sait ?, de réflexions sur l’incompatibilité absolue entre autorité –celle qu’il incarnait si bien– et liberté… le tribunal de Roberval est parti en fumée dans la soirée du 8 mai 2021. Mais après tout, la célèbre devise du blason de cette petite bourgade québecoise située au bord du lac Saint-Jean ne professe-t-elle pas fièrement « À cœur vaillant, rien d’impossible » ?
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Monologue dans le vide de la grande antenne avant de s’éteindre

« Je veux m’en aller, je n’en peux plus de l’immobilité de ces gens, qui passent en-dessous de moi sans même me remarquer, alors qu’ils se tapent les ondes électromagnétiques que j’émets et restent les yeux fixés sur leurs smartphones comme des automates hagards, smartphones qui ne sont rien d’autre que l’outil qui les contrôle, les anesthésie et les abrutit, à leurs dépens mais pour le bien de l’Etat et des multinationales. A tout moment, de l’usine au petit tour dans le parc avec le chien, ils emmènent avec eux le bâton et la carotte de leur servitude obstinée. Il semble bien qu’ils se fichent d’être devenus complètement soumis à un rectangle de puce électronique et de couleurs à cristaux liquides. Il semble qu’ils se foutent comme de l’an quarante d’être pris pour des cobayes et des pantins, réduits à la portion congrue dans une vie gouvernée, schématisée, happée et violée par un pouvoir schizophrène qui s’érige en plus grand défenseur de la vie même, alors qu’il s’agit de défendre l’économie et les privilèges, avant de démontrer dans les faits que la vie humaine, vraie, libre et complète, vaut pour lui moins que zéro. Ces bien-pensants peu pensants que je vois défiler chaque jour dans la rues de Rome, passent à mes pieds en laissant tout passer.
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Acceptable

Nous nous sommes trompés, nous l’admettons. Mais c’était un réflexe conditionné qui a la peau dure. Ce matin, en lisant les nouvelles, nous n’avons pas pu contenir un élan de joie en apprenant que la nuit dernière, la porte d’entrée de l’Istituto Superiore di Sanità [équivalent de l‘Inserm] a été incendiée à Rome. Quelqu’un l’a aspergée de liquide inflammable et y a mis le feu, avant de disparaître. Les gardes sont aussitôt intervenus en donnant l’alerte et les dégâts sont limités, mais…

Mais ensuite, l’honorable ministre de la Santé Speranza a pensé à nous ramener les pieds sur terre, avec ses paroles admirables : «Les actes d’intimidation contre l’Institut Supérieur de la Santé sont inacceptables. L’ennemi est le virus. Pas ceux qui s’ingénient à le combattre ». Oui, c’est vrai, comment avons-nous pu l’oublier? L’ennemi est le virus – et dire que nous le savions ! Nous faisons donc amende honorable en public, et en guise de pénitence nous rappelons à nos lecteurs que :
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