Berlin (Allemagne) : le groupe Volcan débranche la centrale à gaz de la capitale

[Samedi 3 janvier à Berlin, vers 6h30 du matin, le « groupe Volcan : Couper le jus aux dominants » a incendié plusieurs câbles de la centrale à gaz fossile située à Lichterfelde. Cela a eu pour conséquence d’interrompre la fourniture d’électricité à 2200 entreprises et à 45000 foyers (soit 100 000 personnes), dans différents quartiers huppés du sud-ouest de la capitale allemande (Lichterfelde, Zehlendorf, Nikolassee, Wannsee). Concrètement, cinq câbles de 110 000 volts (haute tension) et dix câbles de 10 000 volts (moyenne tension) ont été détruits par cet incendie volontaire, à l’endroit où ils franchissaient le canal de Teltow sur une passerelle dédiée, déconnectant du réseau berlinois la partie « électricité » de la centrale à gaz, tandis que sa partie « chauffage urbain » était préservée. L’opérateur municipal Stromnetz Berlin a immédiatement eu recours à des solutions de contournement pour rétablir 7 000 foyers et 150 entreprises prioritaires, tout en annonçant que le rétablissement complet (et provisoire) du réseau ne sera pas effectif avant jeudi prochain, 8 janvier. Mardi soir, près de 25 500 foyers et 1 220 entreprises étaient encore privées de courant, dans ce qui a été qualifié de « pire attaque terroriste jamais perpétrée contre les infrastructures critiques de la capitale » par un des principaux journaux berlinois (Berliner Zeitung, 6 janvier).

A noter aussi, que saisissant l’occasion du black-out chez les riches, plusieurs expropriations ont eu lieu : entre samedi et lundi soir, les autorités ont par exemple recensé 7 cambriolages/vols réussis et 13 tentatives, concernant aussi bien villas que supermarchés ou distributeurs de billets, les conduisant à déployer chaque nuit 450 flics supplémentaires et un hélicoptère équipé de caméras thermiques et de projecteur dans ces quartiers. Dès dimanche, la ministre régionale (SPD) de l’Intérieur avait d’ailleurs décrété l’état d’urgence, facilitant ainsi l’intervention de l’armée et de la police fédérale. Côté antennes de téléphone portable mises en tilt, Vodafone a annoncé 27 sites coupés (sur 39), Telekom 17 sites touchés (sur 29), tandis qu’O2 en recensait 18. Deux jours plus tard, la couverture de la téléphonie mobile est revenue au sud-ouest de Berlin, mais reste en mode dégradé.  Et idem pour les lignes de S-Bahn (S1 et S7) et celle du train express régional (RE7), qui toutes ont été interrompues, puisque leur poste d’aiguillage a lui aussi été privé de jus. Et petite cerise sur le gâteau, une vingtaine d’écoles resteront également fermées jusqu’à mercredi.


Rappelons qu’en mars 2024, un « groupe Volcan : EteindreTesla ! » avait revendiqué l’incendie d’un pylône à haute-tension à Berlin alimentant la Gigafactory de cette entreprise (lire ici leur premier communiqué à ce propos, et là leur second), tandis qu’en septembre 2025 « Quelques anarchistEs » avaient déjà provoqué un black-out partiel dans la capitale allemande, lors du sabotage antimilitariste d’un pylône alimentant le plus grand parc technologique d’Europe (voir leur communiqué ici) .

On trouvera ci-dessous une traduction partielle (en attendant la version complète) du texte de revendication du « groupe Volcan : Couper le jus aux dominants », publiée dès le lendemain 4 janvier sur le site switchoff, titrée : « Bonne année 2026. Courage ! ».]


BONNE ANNÉE 2026. COURAGE !

(Introduction du communiqué)

Nous ne pouvons plus nous permettre d’avoir des riches.
Nous pouvons amorcer la fin du mode de vie impérial.
Nous pouvons mettre un terme au pillage de la planète.

A cause de la quête d’énergie, la Terre est épuisée, vidée, brûlée, maltraitée, incendiée, violée, détruite. Des régions entières deviennent inhabitables sous l’effet de la chaleur. Elles sont littéralement brûlées. Ou bien ce sont des habitats qui disparaissent sous les flots lors d’inondations, ou en raison de l’élévation du niveau de la mer.

La fermeture des centrales thermiques est un travail manuel. Ayons du courage.
Nous savons que nous devons mettre fin à cette destruction. Nous savons que nous ne sommes pas seuls. Ne perdez pas espoir en un monde où la vie a sa place, et non plus la soif d’argent, de pouvoir et de destruction.

Cette nuit, nous avons saboté avec succès la centrale à gaz de Berlin-Lichterfelde. Des coupures de courant ont eu lieu dans les quartiers aisés de Wannsee, Zehlendorf et Nikolassee. Les coupures de courant n’étaient pas le but de notre action, mais plutôt l’industrie des énergies fossiles. Nous présentons nos excuses aux personnes les moins aisées du sud-ouest de Berlin. En revanche, notre compassion pour les nombreux propriétaires de villas dans ces quartiers est limitée. Nous expliquons pourquoi dans notre texte ci-dessous.

Notre action, orientée vers le bien commun, est socialement bénéfique. Nous nous en expliquons également de manière plus détaillée dans notre revendication relative à l’action.

L’attaque contre la centrale à gaz est un acte de légitime défense et de solidarité internationale avec toutes celles et ceux qui protègent la planète et la vie. Les infrastructures qui servent à l’« agression technologique » et entraînent la destruction de la planète peuvent être sabotées. La production d’énergie fossile peut être arrêtée. Les métropoles-smart city, comme Berlin est en passe de le devenir, peuvent être bloquées. A travers Stromnetz Berlin [gestionnaire du réseau électrique de la capitale], c’est un élément constitutif de cette vision-catastrophe d’une ville « intelligente » qui a été touché.
Il va sans dire que nous avons exclu à chaque instant tout danger pour la vie humaine.

Notre revendication détaillée est jointe à ce texte.

* * * *
(extrait de la revendication)

(…) Switch off pour la soif d’énergie, Switch off pour la gestion numérique de la vie, Switch off pour la progression de la destruction [de la planète].

Aujourd’hui, nous avons attaqué la centrale thermique à turbines à gaz et à vapeur de Lichterfelde. Cette centrale produit une puissance électrique totale de 300 MW à partir de gaz naturel. Notre objectif était les lignes à haute tension, afin de causer des dommages importants à l’entreprise. Nous avons mis le feu à la passerelle de câbles, qui n’est pas répertoriée publiquement et qui relie la centrale de Lichterfelde en enjambant le canal de Teltow, du côté des espaces verts. Nous avons également court-circuité les câbles brûlés à l’aide de barres d’acier qui traînaient par là.

L’entreprise d’énergie devra racheter de l’électricité en temps réel sur le marché libre afin de remplir les obligations qu’elle a contractées concernant la livraison d’électricité, dès que la panne sera constatée. Nous ne pensons pas avoir déconnecté 100 000 foyers du réseau électrique berlinois, mais seulement les avoir déconnectés du réseau de cette centrale à gaz. Le réseau énergétique à sécurité multiple reconnectera les foyers au réseau électrique très ramifié dans les plus brefs délais, via d’autres voies d’alimentation. L’achat d’énergie à court terme aux prix du marché peut être plus coûteux qu’au moment où l’entreprise l’avait initialement acheté à la bourse de l’électricité de Leipzig (EEX). Pour éviter de payer des pénalités contractuelles élevées aux différents consommateurs, elle n’a pas d’autre choix.
Nous avons court-circuité plus de vingt lignes 110 kV et n’avons pas inclus les conduites de chauffage urbain dans l’action. Mais nous ne pouvons pas exclure des répercussions sur le chauffage urbain.

Notre action diffère dans la pratique de celle menée à Adlershof le 9 septembre 2025 contre le parc technologique. Il s’agissait là d’une ligne d’alimentation qui négligeait la protection redondante. La situation était similaire avec le « groupe Volcan : Eteindre Tesla », qui a déconnecté Tesla du réseau en détruisant une ligne d’alimentation et a touché environ 5 000 foyers.

Dans notre cas, ce n’est pas l’électricité d’un bâtiment comme le parc technologique ou la Gigafactory qui sera coupée, entraînant une panne générale, mais ce sera la centrale électrique avec son vaste réseau de câbles qui sera déconnectée du réseau électrique. Elle continuera à produire de l’électricité, mais ne pourra plus l’injecter dans le réseau et donc plus la fournir. La capacité d’approvisionnement des foyers par d’autres centrales électriques reste toutefois intacte, ce qui est d’ailleurs l’intention des autorités et des géants de l’énergie. Néanmoins, il n’est pas exclu que notre action affecte davantage certaines stations de transformation.
L’approvisionnement en chauffage urbain (puissance thermique d’environ 690 MW) n’a pas été interrompu à cause de notre action.

Les foyers individuels ne sont pas la cible de cette action. L’objectif de cette dernière est de porter un coup dur à l’industrie gazière et à la cupidité énergétique.
Si des coupures prolongées surviennent dans les domicile privés, nous tenons à préciser qu’ils ne sont pas la cible de cette attaque. Cet effet n’était ni intentionnel ni calculé de notre part. À aucun moment nous n’avons mis en danger la vie humaine.
Comme nous ne pouvons pas être sûrs à 100 % des réactions en chaîne, qui ne relèvent pas de notre responsabilité, que pourrait entraîner la fermeture de la centrale à gaz, nous avons la demande suivante à adresser aux foyers qui pourraient être affectés : sonnez chez vos voisins. Pensez à aider les personnes âgées ou dépendantes en cas de panne de courant. Prenez soin de vous et des autres en vous entraidant solidairement. Informez-vous les uns les autres.

(…) Les attaques concrètes contre le parc technologique d’Adlershof [en septembre 2025], contre la Gigafactory de Tesla [en mars 2024], contre l’infrastructure de la centrale à charbon Reuter de Vattenfall [en juin 2023] et contre le nœud de communication de Vodafone à Adlershof [en août 2025] sont des points de référence pour notre attaque, tout comme les nombreuses actions militantes qui mettent l’accent sur la destruction de notre planète. Même si ces actes de sabotage entraînent des pertes financières importantes, ils ne peuvent, en tant qu’actions isolées (!), imposer un changement d’orientation politique. Mais ils indiquent une voie et une direction que nous recommandons à toutes les métropoles. Paralysez les infrastructures qui servent à « l’agression technologique » et entraînent la destruction de la planète. Le consensus sur la participation au projet d’un mode de vie impérial peut être rompu. Un mouvement social de masse contre la destruction mondiale des bases de la vie, contre toutes les guerres et le pillage des ressources va de pair avec la capacité de saboter les réseaux électriques et les artères énergétiques.

L’attaque contre la centrale à gaz est un acte de solidarité internationale avec toutes celles et ceux qui protègent la Terre et la vie. Notre résistance est multiple et, souvent, dans le brouillard de la désinformation, des différentes approches culturelles et des différences linguistiques, nous avons encore besoin de trop de temps pour reconnaître nos points communs. Mais nous sommes convaincus que dans l’obscurité, la lumière n’est pas loin. Si nous plaçons cette action dans le contexte d’une résistance mondiale, que ce soit aux États-Unis, en Amérique latine, en Asie, en Chine ou en Russie, en Europe ou en Australie, contre toutes les formes d’oppression, de domination et de destruction de la Terre, nous sommes convaincus que nous serons entendus, que ces contributions seront traduites, que les contributions traduites nous parviendront, qu’une communication subversive aura lieu sur les chemins sinueux de la résistance, une communication qui se reconnaîtra. Et qui interviendra. Et ce, si possible sans effusion de sang, mais avec la détermination de couper le jus aux dominants.

Groupe Volcan : Couper le jus aux dominants

Nous ne pouvons plus nous permettre les riches
Initier la fin du mode de vie impérial
Fermer les centrales à combustibles fossiles est un travail manuel
Mettre fin au pillage de la planète
Liberté pour tous les antifascistes, les militant.es pour le climat et tou.tes les autres rebelles


3 janvier 2026 : Les quartiers touchés par le sabotage du groupe Volcan…