Archives de catégorie : Notes critiques

[Brochure] Post-scriptum à La flamme d’or

[Reçu par mail, 30 juillet 2026]

Si la réception de la brochure [sortie en février 2026, voir le PDF ici] a été assez largement positive – du moins dans les quelques retours reçus – elle a aussi suscité de vives attaques, principalement concernant la partie sur les « leurres identitaires ». Cela a même valu quelques mots doux lors d’une causerie dans des rencontres anarchistes, certaines personnes qualifiant le texte de « raciste » et « transphobe ». Au passage, à titre perso, quand je considère que quelqu’un porte une position raciste et/ou transphobe, surtout dans ce genre d’espace, j’essaie de faire en sorte de le virer, et si je n’y parviens pas, je me casse. Mais il semble que porter jusqu’au bout les conséquences de sa pensée exprimée ne soit pas un principe de base pour tout le monde.

Cela a aussi valu d’assimiler les positions tenues dans la brochure à celles de Vanina, autrice du bouquin Les leurres postmodernes contre la réalité sociale des femmes, ainsi qu’à Tomjo, co-auteur de Mes vacances à Saint-Imier chez les agresseurs bienveillants et compagnon de route de PMO. Pour que les choses soient claires : je ne partage pas du tout les mêmes positions et suis en général en partie d’accord avec les critiques qui leur sont faites. Vanina, par exemple, me semble homogénéiser les mouvements queers et intersectionnels, pourtant traversés de tendances contradictoires, pour en faire une des causes principales de l’affaiblissement du féminisme révolutionnaire (ce qui n’en fait pas, comme j’ai pu l’entendre et le lire, une « facho » ou autre insulte de ce goût-là). Tomjo ne se contente pas de son côté d’homogénéiser queers, intersectionnel-les, wokes, postmodernes ou déconstruits, il reprend des clichés réacs certes avec style, mais surtout avec un ton méprisant.
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Saint-Étienne (Loire) : « Contre toutes les armées et tous les États, partout, tout le temps ! »

Contre la propagande militariste d’extrême gauche

Le NPA et BDS projettaient un film militariste pro-ukraine, on était pas hyper content.es.

Jeudi 2 juillet, le NPA et BDS sainté projetaient au cinéma Le Méliès le film « Guerre en Ukraine Les combattants anti-autoritaires ». Des copaines avaient vu le film, et on a décidé d’aller y apporter notre grain de sel.

Le film projeté par le NPA et BDS, en plus de se dire « anti-autoritaire », explique que pour résister à l’attaque de l’État russe, il faudrait s’engager dans l’armée régulière ukrainienne, ce que font d’ailleurs des anarchistes, assumant par là de se battre aux côtés de néo-nazis. On a voulu apporter une critique antimilitariste.

En effet, on est plutôt du côté des déserteurices. La position que des anarchistes d’ukraine essaient d’imposer dans les cercles anarchistes nous débetectent, sans parler que toute critique est renvoyée à des positions pro-russes (campisme quand tu nous tiens). Lire la suite

États-Unis : Trois incendies ferroviaires en trois mois, quelques faits et réflexions

Trois incendies ferroviaires en trois mois : quelques faits
et réflexions

Au cours des trois derniers mois, trois ponts ferroviaires ont été endommagés ou détruits par des incendies dans les régions de l’Oregon et de Washington. Chacun de ces incendies a été allumé intentionnellement. Aucune arrestation n’a été effectuée et, à notre connaissance, aucune de ces actions n’a été accompagnée d’une revendication ou d’une explication.

Mais le monde qui nous entoure est la seule explication dont nous avons besoin.

Alors que nous nous précipitons vers un avenir marqué par des catastrophes climatiques sans précédent et une détérioration écologique totale, les processus d’extraction ne montrent aucun signe d’arrêt… Ils n’ont fait que s’accélérer, les entreprises se précipitant pour exploiter de nouvelles régions de la planète à la recherche de minéraux rares, composants essentiels des puces et des semi-conducteurs, éléments constitutifs de nos nouvelles prisons numériques. Quant au pouvoir, il ne propose que de fausses « solutions vertes », qui ne font que renforcer notre dépendance à la technologie et à l’extraction, tout en redorant le blason du capitalisme industriel.
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Les meilleures blagues sont les plus courtes…

[Reçu par mail, 21 avril 2025]

Les meilleures blagues sont les plus courtes…

Quand les Soulèvements de la Terre veulent préserver les emplois
industriels de l’armement, du nucléaire, etc.

Beaucoup de critiques ont déjà été faites sur les Soulèvements de la Terre : leur composition avec la gauche, leur instrumentalisation des luttes locales et des gens en général, leur façon verticale de prendre les décisions (« transversalité » dans leur jargon), etc. Un peu moins sur le fait qu’ils sont en train de réhabiliter l’écologie politique – qui nous promet un nouveau monde de merde à coups de transitions énergétiques et digitales et dont les promesses d’hier sont les cauchemars d’aujourd’hui. Rien ne peut plus nous surprendre. Et pourtant…

Fin 2024, les Soulèvements de la Terre ont ainsi cosigné un texte intitulé « La lutte contre les licenciements dans l’industrie est une lutte écologiste », avec la CGT Total Energie Grandpuits, les Amis de la Terre et Extinction Rébellion. Le communiqué évoque « les plans de licenciements massifs dans les secteurs de la chimie, de la métallurgie et le commerce », citant au passage « Vencorex, Arcelor Mittal, Michelin, Auchan, Airbus, Valeo ». Autant d’entreprises dont la nocivité tant dans l’exploitation des gens que dans leur participation aux ravages industriels est évidente.

La moins connue est Vencorex. Que produit-elle ? Dans un texte appelant à la nationalisation de Vencorex, la CGT nous en dévoile quelques pépites : « De Vencorex dépend donc un grand nombre d’entreprises et parmi elles, certaines dont l’activité est stratégique et assure la souveraineté nationale dans les domaines de la défense, de l’industrie spatiale, du nucléaire ou du sanitaire. Le sel, extrait des mines de Hauterives par Vencorex est purifié sur la plateforme de Pont de Claix qui autoconsomme et en revend à Arkema (Jarrie). Ce sel français, de pureté inégalée, sert à la production de Chlore pour Arkema et à la production de perchlorate de sodium, source unique d’approvisionnement d’ArianeGroup pour la fabrication du propergol chargé dans les boosters d’Ariane 6 et dans les missiles stratégiques M51 équipant nos forces de dissuasion nationales. Le Chlore produit sur la plateforme de Jarrie sert, entre autres à la fabrication d’éponges de Zirconium par Framatome, utilisées dans les réacteurs nucléaires civils. De l’acide chloridrique produit par Vencorex dépend la production de Chlorure Ferrique, un agent de traitement pour la potabilité de l’eau fabriqué par Feralco, acteur majeur dans le domaine puisqu’il participe à l’approvisionnement en eau potable de plus de 130 millions de personnes en Europe » [je souligne]. Le nouveau slogan des Soulèvements serait-il « Désarmer l’empire Bolloré, mais armer la France » ?

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[Tract] Finissons-en avec la nation !

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[Tract distribué dans les rues de Paris à l’occasion de la manifestation du 22 mars contre le racisme et le fascisme, à l’appel des partis, syndicats et associations degôche dans une centaine de villes]


Finissons-en avec la nation !

La référence à l’État-nation et à sa promotion par le nationalisme disparaît étrangement des textes et analyses actuels émanant des milieux autonomes… Pourtant, cette référence connaît toujours son heure de gloire, et ce partout dans le monde. Cette disparition dans la critique radicale n’est donc malheureusement pas le corollaire d’un effacement de l’idée et du mythe nationaux. Au contraire, en plus du nationalisme français, se surajoute en ce moment un nationalisme européen qui voudrait concurrencer sur le plan militaire les nations russes et américaines. Dans un argumentaire qui réduit comme toujours les populations à de la chair démographique à canon, le commissaire à la défense européen disait hier « Les 450 millions de citoyens de l’Union européenne ne devraient pas dépendre de 340 millions d’Américains pour se défendre contre 140 millions de Russes qui n’arrivent pas à battre 38 millions d’Ukrainiens ». On sent venir toute la sale musique du patriotisme qui va diffuser l’injonction à aimer son pays, à le défendre, à s’y sacrifier en travaillant et en consommant pour lui, dans les écoles, les supermarchés, dans la rue et les médias, jusqu’à évidemment s’aveugler de ce qu’implique nécessairement n’importe quelle nation, et ce peu importe sa taille, son impérialisme, son histoire récente ou vieille, ses régionalismes, son folklore et sa puissance militaire : toutes les nations installent des frontières, les surveillent, les contrôlent, et les font appliquer sur les uns et les autres en triant ceux qui ont les bons papiers, et ceux qui ne les ont pas, en en enfermant et en en expulsant certains. Ces frontières servent à maintenir un ordre social prospère à cet État-nation qui quotidiennement nous réprime. Il n’existe aucune émancipation possible dans le répertoire nationaliste, car toujours la nation, la plus progressiste et révolutionnaire pourrait-elle se présenter, viendra avec son cortège de tri, de xénophobie, de maintien de l’ordre et d’appel au sacrifice patriote.
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Merci de ne pas allumer la lumière, mais de couper le courant…

[Reçu par mail, 22 mars 2025]

Jack Déjean, Merci de ne pas allumer la lumière, mais de couper le courant… La science contre Trump (et inversement) ? , mars 2025, 5 pages A4


Merci de ne pas allumer la lumière, mais de couper le courant…
La science contre Trump (et inversement) ?

« Croire que tout est permis parce qu’on croit que tout est possible, c’est la conclusion cynique du délire de volonté de puissance attisée chez des cerveaux faibles par un ou deux siècles de révolution industrielle – destructrice de toutes les ressources énergétiques du monde et des forces les plus intimes de l’humanité », Prudhommeaux.

Depuis que Donald Trump est arrivé au pouvoir pour un second mandat de président de la plus grande puissance mondiale, il ne lésine pas pour attaquer sur tous les fronts. Tout y passe : mesures contre l’avortement, les LGBT, les exilé-es, la protection des milieux naturels, etc. On a même eu droit au renouvellement de la diplomatie musclée, cherchant à obliger le président ukrainien à refiler ses minerais précieux contre des armes. Non pas que ça ne se passe pas toujours comme ça, mais c’est en général de manière discrète dans des salons feutrés, tout l’inverse du style Trump. Et que dire des menaces à peine voilées de coloniser le Groënland, Panama, et pourquoi pas le Canada, le Mexique ou même Gaza, qu’on rêve de transformer opportunément en lieu de villégiature pour riches, bronzant sur les cadavres encore chauds ?
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Centimètres

Entre gêne et sarcasme, piques et ricanements, c’est un sujet qui a toujours été disputé.

Les deux positions ont leurs partisans et leurs détracteurs ; on en parle dans les écoles, les bars et les milieux universitaires qui se sont occupés de la question avec des études scientifiques sérieuses. Pourtant, jusqu’à présent, du moins à notre connaissance, ce point délicat n’a pas encore été entièrement et totalement tranché.

Est-ce que les centimètres, ça compte, ou pas ?

Beaucoup, défenseurs de la mesure la plus rigoureuse qui soit, peut-être influencés par un imaginaire construit sur une abondante filmographie, soutiennent que oui. Qu’on ne peut absolument pas s’en passer dans certains domaines. Et beaucoup d’autres soutiennent qu’après tout, ils ne sont pas si importants que cela. Qu’on peut résoudre la question de bien d’autres manières, y compris en utilisant d’autres instruments…

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[Brochure] : Pourquoi Elon Musk a-t-il peur de l’IA?

[Reçu par mail, 6 janvier 2025, on peut aussi télécharger ce texte sous forme de brochure ici, 8 pages A4]


Pourquoi Elon Musk a-t-il peur de l’IA ?

« Nous avons perdu la valeur que nous devrions avoir en tant qu’êtres humains, et nous sommes devenus une prolongation des machines, leur appendice, oui, leur domestique. J’ai souvent pensé que la machine était mon seigneur et mon maître, dont je devais peigner les cheveux, tel un esclave »,
Yang, jeune ouvrier de Foxconn, industriel installé en Chine de produits électroniques

En mars 2023, des centaines d’ « experts », dont le milliardaire Elon Musk, lancent un appel pour freiner la course à la puissance de ce qui est mal-nommé par le terme « Intelligence Artificielle ». La civilisation serait en danger face au risque de se faire dépasser par des programmes informatiques capables d’apprentissage automatique et de simulation de comportements humains. Au passage, rappelons que ces « experts » ont un train de retard sur Günther Anders qui avait construit une pensée basée sur l’idée d’une humanité dépassée par ses propres œuvres depuis la bombe atomique sur Hiroshima…

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Capitalisme vert : l’éolien industriel a le vent en poupe

Le vendredi 18 octobre 2024, trois ministres se sont déplacés à Fécamp en Seine-Maritime pour annoncer un nouveau projet de parc éolien en mer. L’Etat et les industriels espèrent implanter 200 nouvelles éoliennes, en plus des 71 déjà existantes dans ce parc maritime.

L’éolien industriel en plein essor

En Normandie, d’autres projets éoliens de la sorte sont déjà en cours, et rencontrent des oppositions.

Par exemple au large de Courseulles-sur-Mer (Calvados), où 64 éoliennes de 175 mètres de haut doivent bientôt être démarrées. A l’annonce du projet, des habitants et des pêcheurs, pour des raisons diverses, se sont mobilisé-es. Malgré tout, le chantier colossal a commencé. En décembre 2023, RTE a mis à disposition les installations de raccordement au réseau électrique. Des centaines de tonnes de câbles ont été installés sous l’eau pour acheminer l’électricité produite par les éoliennes vers la « chambre d’atterage » de Bernières-sur-Mer, qui assure la connexion avec les 24 kilomètres de câbles souterrains menant au poste électrique de Ranville. Éoliennes offshore du Calvados (un consortium regroupant EDF Renouvelables, WPD offshore et Enbridge) compte mettre en service les éoliennes en 2025.

A Dieppe, Le Trepport et Barfleur, des projets similaires sont à l’étude. Il y aurait aussi deux projets imaginés au large du Cotentin.
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[Quatre pages] : L’idéologie de la composition et de la transversalité

[Reçu par mail, 9 juillet 2024]

L’idéologie de la composition et de la transversalité,
ou quand la fin justifie les moyens

Cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf et imprimer le quatre pages

Ce n’est certainement par adhésion que j’ai ouvert le livre Premières secousses par Les Soulèvements de la terre… A vrai dire, j’avais une petite idée du contenu déplaisant que j’allais y trouver. De fait, j’ai écouté, lu et participé avec d’autres à porter des critiques des logiques de composition et d’instrumentalisation ayant essaimé depuis des années dans les milieux radicaux, en particulier par les appelistes et d’étranges zadistes négociateurs avec la Préf, puis à porter des critiques des Soulèvements de la terre tout en étant solidaire des personnes ayant subi la répression. Beaucoup a déjà été dit (cf notamment le texte « Solidaires, mais pas soulèvements de la terre » dans Soleil noir n°6).

Le visionnage intempestif d’une vidéo de trois porte-paroles de ce mouvement (ou organisation, on ne sait plus trop) sur un site appelo-gauchiste m’a décidé à ouvrir ce bouquin. Sans plaisir, mais par curiosité pour voir où en étaient les stratèges de la composition et autres « autonomes repentis ». C’est par cette vidéo que j’ai appris l’existence dudit bouquin, paru sans surprise chez feu l’éditeur léniniste Eric Hazan. Un premier choc : pas un mot sur les blessé-es de Sainte-Soline dans la longue présentation. Pathétique. Je passe sur le contenu : les mêmes idées instrumentales et hiérarchiques ripolinées de quelques éléments de langage révolutionnaire et libertaire. Il faut bien soigner son image. Il m’aura fallu de longues semaines avant de me décider à ouvrir cet ouvrage égaré dans un coin de bibliothèque. Je n’ai pas été déçu…

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Le citoyennisme qui vient

[Reçu par mail, 21 juin 2024, de joie et tension.]


Le citoyennisme
qui vient

Puisque dans le contexte de fièvre électoraliste actuelle, un certain nombre de camarades anarchistes, révolutionnaires, autonomes, etc. semblent frappé.e.s de désorientation politique et stratégique, il nous a semblé qu’une clarification s’imposait.

L’électeur est un oppresseur

Depuis la dissolution de l’assemblée nationale se font entendre au sein de la gauche dite « radicale » les orchestres de la petite musique citoyenniste et électoraliste : la situation serait critique et il faudrait donc que chacun.e prenne ses responsabilités et s’en aille mettre docilement son bulletin dans l’urne. Voici que l’on subit à nouveau, comme en 2002, comme en 2017, comme en 2022, les éternelles injonctions à voter, à « faire barrage », à soutenir ou à rallier le Nouveau Front populaire pour empêcher l’extrême-droite ou le fascisme d’arriver au pouvoir. Et ces injonctions s’accompagnent immanquablement de la rhétorique culpabilisante habituelle : les abstentionnistes, toutes et celles et ceux qui refusent de jouer ce jeu-là, s’en mordront les doigts. Ils regretteront leur négligence coupable. Ils seront mortifiés et honteux, au soir du premier ou du second tour, quand le pire sera arrivé par leur faute. Etc. etc.
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Paris : Aux premiers coups de cailloux

[Reçu par mail, 21 mars 2023
NdSN : Après quelques recherches, il apparaît que ce texte avait été initialement proposé sur le site Paris-luttes le 12 mars au lendemain d’une manif parisienne, où le SO intersyndical avait comme de coutume serré les rangs pour permettre à ses collègues en uniforme de matraquer copieusement les incontrôlés. Refusé en moins de 24h par la modération de Paris-luttes puis l’ayant à notre tour reçu hier, nous le reproduisons volontiers ci-dessous.]


refusé — « contient des éléments factuellement faux » (Paris-luttes.info)

Aux premiers coups de cailloux

Un samedi de mars, aux premiers coups de cailloux donnés contre la vitrine d’un marchand de motos, les keufs ont surgi si vite qu’on n’a pas eu le temps de se déplacer pour se protéger et les keufs ont matraqué à tout va, comme il se doit.

On était avenue Beaumarchais, quasi en face de la rue du Chemin Vert par laquelle ils sont entrés dans le cortège. C’est vrai qu’on aurait pu choisir une autre cible, moins à proximité d’une rue perpendiculaire. On pourra y penser une prochaine fois, pour avoir un peu plus le temps, ne serait-ce que de les voir venir. Mais surtout, ça ravive des questions. D’abord, même si les keufs étaient garés dans une parallèle à proximité, où on ne les avaient pas repérés, rue Amelot ou rue Saint-Sabin, l’étonnante rapidité de leur entrée sur le boulevard laisse penser —c’est une hypothèse — qu’avant même les premiers coups donnés, ils étaient déjà prévenus des intentions, par exemple parce qu’on avait des sacs pleins de cailloux. Prévenus par qui ? On ne saura pas. Ou bien keufs en civil ou bien ?… Il se trouve qu’on était également à proximité immédiate d’un service d’ordre intersyndical qui a bien serré les coudes afin d’être infranchissable lorsqu’on a voulu reculer face à la charge et on s’est retrouvé coincé entre le service d’ordre intersyndical et les keufs qui matraquaient. Bon. Quelle surprise ! Il n’y a que les mensonges politiques, aussi increvables que l’alliance objective entres les syndicats et les préfectures pour maintenir l’ordre, qui chantent le refrain « chasuble rouge, kway noir, toustes ensemble ! » Ce refrain que chantent encore, en ville et à la campagne, quelques petits apôtres de l’agrégation des foules par la confusion entretenue des perspectives. L’astuce consiste souvent à distinguer entre une base syndicale, qui serait ralliable à nos causes, et un sommet, bon à railler. Petits apôtres qui, bien sûr, ne disent pas le nom de l’église qu’ils veulent remplir. Revenons au boulevard Beaumarchais, où on n’a pas vu la base conspuer son service d’ordre parce qu’il nous livrait aux coups de matraque. Vraiment pas du tout. D’autres occasions se présenteront. On a déjà essayé de prendre leurs camionnettes à leurs carnets de chant, on n’y a pas encore réussi, mais tout recommence. Une camionnette pour barrer l’accès d’une rue perpendiculaire, une camionnette pour fumer un clope tranquille, une autre pour la renverser. Bref, les usages ne manqueront pas. On invite donc la base syndicale à nous faire don de ses camionnettes dans la rue la prochaine fois et, qui sait, on pardonnera. Et on s’occupera joyeusement !

La flicaille syndicale n’a pas pris sa retraite

En ce moment, l’enthousiasme semble de mise chez les bergers syndicaux, satisfaits comme jamais du troupeau qui défile sagement au pas de leurs bannières contre l’énième réforme des retraites. Le temps de ces black-blocs, de ces gilets jaunes, mais aussi de tous ces voyous agiles maîtrisant encore l’art de saccager en ordre dispersé semble révolu dans la plupart des villes, eux qui n’en faisaient qu’à leur tête en ne respectant ni la sacro-sainte propriété privée, ni les accords de parcours négociés avec la préfecture, ni même les services d’ordre syndicaux et leurs collègues en bleu marine. Et s’il ne fallait qu’un symbole de l’éternel renouveau de la pacification jusqu’au sein du démocratisme radical, on pourrait par exemple se tourner vers l’organe de la composition parisienne, Paris-Luttes, le site qui avait publié dans l’entre-deux tours une tribune appelant à réélire le Président en place, et qui nous invite aujourd’hui à monter unitairement dans les cars de banlieue affrétés par la CFDT ou FO (avec lieux et horaires) afin de venir défiler dans la capitale, comme à alimenter les caisses de grève de SUD, ou à faire les petites mains sur les piquets matinaux de la CGT.

Mais si les bergers syndicaux savent manifestement si bien tenir leurs interminables promenades, c’est aussi parce qu’entre deux rendez-vous sous les ors ministériels, ils n’hésitent pas non plus à donner de leur petite personne pour que tout se passe au mieux. Petite illustration concernant les manifs parisiennes et au-delà.
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La meilleure attaque n’est pas la défense



La meilleure attaque n’est pas la défense

Lettre ouverte (et désespérée) à qui mange le même pain que nous

Chers compagnons,
c’est à vous, et seulement à vous (sapeurs, pas intercepteurs de consensus ; rêveurs définitifs, pas pragmatiques au besoin – militants et opportunistes s’abstenir) que nous nous adressons en ces temps sombres, où tout horizon semble se fermer définitivement à notre vue. A vous, connus au fil des années en Italie et partout dans le monde, ou même totalement inconnus, les seuls à pouvoir comprendre notre état d’esprit actuel et nos mots.
Beaucoup affirment que ceux qui n’ont aucun espoir à transmettre devraient se taire. Bien que cela pourrait expliquer le silence dans lequel beaucoup d’entre nous sont en train de glisser, nous ne sommes pas d’accord. En fait, dans un certain sens, nous pensons exactement le contraire : ceux qui feraient mieux de la boucler sont ceux qui persistent à vendre des récits incantatoires (du paradis céleste comme récompense à la résignation terrestre, au communisme comme aboutissement inéluctable du développement capitaliste, en passant par l’insurrection qui vient dans chaque mobilisation citoyenne ou émeute de quartier). Surtout aujourd’hui – avec une humanité bien lancée vers l’extinction et une planète vers l’effondrement écologique, un massacre social qui s’aggrave de jour en jour, une guerre qui brandit les armes nucléaires, une servitude volontaire si généralisée qu’elle rend ridicule toute aspiration à la moindre liberté – il nous semble plus urgent et essentiel que jamais de regarder la réalité en face et de ne pas effleurer la surface des choses pour en tirer des illusions réconfortantes. Voilà pourquoi cette lettre est désespérée, parce qu’elle naît du désarroi face à une situation qui semble à tous égards sans espoir, sans issue.
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