Archives de catégorie : Notes critiques

Brochure : Quand NDDL se prend pour le petit père des luttes

Laissebéton, 9 septembre 2021
(brochure reprise ici pour infos)

Quand NDDL se prend pour le petit père des luttes –
Entre récupération et autoritarisme
, septembre 2021, 20 pages A4

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Ce texte est une réponse collective de la part de personnes ayant lutté à la Zad du Carnet, à la Zad de la dune et contre le Surf Park de Saint-Père-en-Retz suite à des tentatives de récupération politiques de la part d’habitant.es de la Zad de NDDL. Nous avons souhaité éclaircir en quoi les pratiques de certains groupes habitant actuellement la Zad de NDDL nous affaiblissent collectivement dans nos luttes horizontales et anti-autoritaires et pourquoi nous ne voulons pas d’elleux dans nos luttes.
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Et voici… les bracelets sanitaires

Un des problèmes contemporains qui se pose à l’État en terme de gestion du troupeau humain quand il ne lui ordonne pas de rester sagement au bercail, est de s’assurer que les masses productives circulent sans interruption du domicile au boulot et aux centres de consommation tout en les tenant en même temps sous contrôle, soit d’arbitrer sans cesse entre fluidité et points de blocage. Une préoccupation qui concerne également tous ceux qui ont un petit ou un grand capital à faire fructifier, et s’empressent en bon intérêt de lui faciliter la tâche.

Depuis l’instauration du pass sanitaire le 21 juillet dernier, on assiste ainsi au déploiement de toute une armée de larbins avec ou sans uniforme qui scannent le fameux QR code (en exigeant parfois aussi une pièce d’identité pour vérifier la concordance avec son porteur) de clients de bars, de visiteurs d’Ehpad, d’usagers de trains, de fréquenteurs de piscine et clubs de sport, de consommateurs de grands centres commerciaux, de malades en consultation régulière à l’hôpital, etc. Et pour « fluidifier » tous ces contrôles, voici qu’un nouveau dispositif promis à un bel avenir est en train de débarquer : le bracelet sanitaire accroché au poignet.

Visible d’un simple coup d’oeil, léger, parfois coloré, inamovible à moins de le couper aux ciseaux, il permet à son élégant porteur double-vacciné ou récemment testé négatif d’éviter d’être contrôlé plusieurs fois dans un même lieu (c’est le discours officiel), mais surtout et en réalité de faciliter la tâche à l’armada de néo-contrôleurs de pass sanitaire. Alors, que pourrait demander de plus le troupeau citoyen en règle, à la fois désireux de déléguer à Papa-Etat la gestion de l’épidémie tout en s’évitant en même temps le tracas de contrôles à répétition par un petit personnel en mode flics bénévoles ? Rien, à moins d’inclure également dans ces petits bracelets sanitaires un GPS et un calculateur de distanciation sociale comme cela vient d’être testé sur des sportives de haut-niveau lors d’un récent championnat du monde, ce qui ne dérangera de toute façon pas beaucoup ceux qui se promènent déjà partout avec leur mouchard téléphonique en poche.
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La Hantise

La Hantise

Une obsession vicennale imprégnée de fiel. Périodiquement, nous sommes informés de son évolution, lorsqu’elle se manifeste de manière publique. Non seulement parce que cette obsession nous touche malheureusement directement, mais aussi et surtout en raison des effets qu’elle a eus au fil du temps, produisant des miasmes y compris hilarants. Comme tout cela se passe en France, nous ne nous en sommes pas occupés pendant de longues années. Après tout, vu à autant de kilomètres de distance, il s’agit de rien d’autre que de la pénible histoire privée d’un cas humain. Le personnage vit à Paris, et la nature lui a joué un vilain tour. D’un côté, elle a été généreuse avec lui, en le dotant d’une certaine intelligence ; d’un autre, elle a été rosse, puisqu’elle a gâché ce don en faisant couler dans ses veines non pas du sang, mais du fiel. Le résultat fait froid dans le dos. Tant qu’il est calme et tranquille, il réussit parfois à raisonner de manière sensée ; mais dès que le fiel commence à couler, à lui monter aux yeux, à lui pomper le cœur, à irriguer son cerveau – ce qui lui arrive de plus en plus souvent, car il est assez colérique – il devient bagarreur, déblatérant des absurdités sans queue ni tête, et n’a même pas besoin d’additifs pour chercher n’importe quel prétexte et déclencher la rixe. L’« homme du ressentiment » décrit par Nietzsche trouve l’une de ses plus parfaites incarnations précisément chez ce maoïste repenti aux prétentions libertaires, chez cet hyper-méga-ultra critique qui se pose en gourou de la pensée subversive en France (en Europe, sur Terre, dans l’Univers) et se consume de bile contre tous ceux qu’il soupçonne de lui faire de l’ombre (peu importe qu’ils soient insurrectionalistes, communisateurs, anti-industriels…). Contre eux tous, il déploie son artillerie pédante faite de procès d’intentions, de syllogismes, d’allégations et d’accusations farfelues, le tout basé sur une seule stratégie : brailler contre toute intrusion en ouvrant un feu de barrage composé d’accusations de réductionnisme (toujours), d’opportunisme (souvent), de négationnisme (parfois). Son vrai nom n’est pas pertinent ici, puisque l’A.D. de la subversion utilise plusieurs noms virtuels ; pour notre part, depuis de nombreuses années, nous l’appelons simplement « le Pauvre Type ».
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A propos des « autoréductions » négociées…

Samedi 30 janvier 2021 vers 11h s’est déroulée une dite « autoréduction » dans un Carrefour Market du 13e arrondissement de Paris, que certains de ses promoteurs n’ont pas hésité à mettre en scène sur les réseaux sociaux, comme le veut l’air d’un temps où n’existerait plus que ce qui relève du spectacle. D’autres participants ont de leur côté préféré prendre langue directement avec un journaflic de l’AFP appelé sur place, pour souligner le caractère inoffensif d’ «une action absolument non violente», tout en déplorant que «l’État ne fait rien pour les personnes précaires».

Selon les propres termes du tract distribué aux clients du supermarché, il s’agissait d’exiger qu’une prime effective de 1000 euros soit versée « à toutes et tous les salarié.e.s de la grande distribution sans distinction » (vigiles inclus ?), en tant que « professionnel.les en première ligne pendant la crise sanitaire » (et bien le bonjour aux improductifs des dernières lignes). D’autre part, un peu moins hypocritement, il annonçait qu’il s’agissait d’une « action solidaire » visant à « réquisitionner des produits alimentaires et hygiéniques de première nécessité pour en faire bénéficier celles et ceux qui subissent le plus les conséquences de cette crise », mélangeant ainsi allègrement les notions d’assistance, d’entr’aide ou de soutien avec celle de solidarité. Mais nous sommes certainement trop naïfs de continuer à penser, comme au 20e siècle, que la solidarité c’est l’attaque, le soutien matériel du soutien matériel, l’entr’aide une forme de réciprocité, et l’humanitaire (y compris militant) une forme de charité laïque qui entretient dépendance et misère tout en cautionnant ses causes.
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Solidarité vécue

Solidarité vécue

De nombreux cercles d’anarchistes se retrouvent en ce moment dans la ligne de mire de la répression étatique et doivent affronter des arrestations, des perquisitions à large échelle et des procès. Mais dans l’ensemble de la société également, les chiens de garde de différents États prennent de plus en plus les exploité-e-s et les exclu-e-s dans leurs tirs croisés, indépendamment des frontières, mettant en place et remplissant toujours plus les camps d’internements et les geôles. La vision d’exécutions de peines plus perfectionnées, de machines à expulser monstrueuses, de prisons high-tech, de lois anti-terroristes durcies à la minute et de militaires, ou de flics-robocops ressemblant à des soldats, patrouillant dans les rues ne s’annonce pas rose pour les perspectives de liberté auxquelles nous aspirons. Ce scénario pourrait conduire à sombrer dans la léthargie et à penser, en cédant au fatalisme, que notre vie se déroule peut-être juste comme dans un mauvais roman noir…

D’un autre côté, des rebelles conspirant de concert continuent à mettre le feu aux fesses des puissants. Les marques de la guerre sociale dessinent donc un panorama où des arrestations peuvent suivre les moindres attaques contre des structures du pouvoir, en même temps que, parfois en une semaine, des révoltes sociales éclatent dans des pays plus ou moins lointains. Et il n’y a finalement rien de nouveau à ce que l’épée de Damoclès de la prison soit constamment suspendue précisément au dessus des ennemi-e-s déclaré-e-s de l’ordre social.
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Contributions anarchistes sur les gilets jaunes

Indymedia Nantes, 12 octobre 2019

Recueil de textes anarchistes à propos du mouvement des gilets jaunes, 24 p., août 2019

Extrait :

…Un tel mouvement de révolte pour le moins inédit dans le contexte français a bien entendu provoqué au départ l’hostilité des idéologues de tout poil, aussi bien du côté des marxistes que des anarchistes. Pour les premiers, le fait que les gilets jaunes ne se posent pas socialement à partir du travail, c’est-à-dire de leur place dans les rapports de production, mais aient entamé une timide critique de leur l’existant à partir de la sphère de la reproduction (les conditions de survie qui ont été résumées par « les fins de mois difficiles ») ne pouvait qu’heurter leur vision économiciste. Si on rajoute à cela que selon leur grille de lecture de dinosaures ce mouvement a débuté avec une dimension « interclassiste » en appelant tout le monde à le rejoindre (petits patrons, autoentrepreneurs, artisans et commerçants inclus, au nom de la lutte « des petits contre les gros »), il va de soi que beaucoup d’entre eux sont longtemps restés imperméables à ce qui se passait. Du côté anarchistes, si on met à part les compagnons pour lesquels la question révolutionnaire ou insurrectionnelle est de peu d’importance, c’est notamment la revendication initiale sur les carburants et la présence de l’extrême-droite dans les manifestations qui a servi de repoussoir. Le symbole de sa présence, ou plus généralement de minorités nationalistes et réactionnaires, étant bien entendu pour eux ces drapeaux français brandis au vent et ces Marseillaise entonnées plus que de coutume.
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Mouvement des « Gilets jaunes » : Saisir l’occasion

Plus d’une centaine de milliers de personnes en colère qui occupent depuis bientôt quatre semaines ronds-points et péages, qui tentent de bloquer et ralentir le fonctionnement des plate-formes logistiques de supermarchés, de dépôts pétroliers ou à l’occasion d’usines, qui se rassemblent tous les samedis dans les villes moyennes comme dans les métropoles pour prendre d’assaut préfectures et mairies, ou tout simplement détruire et piller ce qui les environne, voilà que l’automne accouche à l’improviste d’un énième mouvement social. De quoi faire accourir tous ceux qui aiment l’odeur des troupeaux, pour tenter de le chevaucher ou simplement être là où ça se passe en suivant l’odeur des lacrymos. Comme lors du mouvement syndical contre la Loi Travail de 2016 (mars-septembre) et ses suites contre les ordonnances en 2017 (septembre-novembre), ou celui contre la réforme de la SNCF cette année (avril-juin) en somme.

Sauf que ça ne s’est pas tout à fait passé comme cela.
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Les mauvais jours finiront

Indymedia Nantes,
7 novembre 2010

Les mauvais jours finiront

« Et quand le travailleur s’endort
il est bercé par l’insomnie
et quand son réveil le réveille
il trouve chaque jour devant son lit
la sale gueule du travail
qui ricane qui se fout de lui »

Un récent bilan ministériel précisait qu’en l’espace de deux semaines (du 12 au 26 octobre), près de 2300 manifestants avaient été arrêtés, et 360 renvoyés devant des tribunaux qui distribuent à la chaîne des mois de prison ferme. En face, on ne compterait que 72 policiers et gendarmes blessés. Si on ajoute à cette pénible comptabilité quelques mesures symboliques comme l’équipe cagoulée du GIPN envoyée place Bellecour à Lyon contre les émeutiers ; les réquisitions administratives de travailleurs pour « atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publiques » ; ou encore l’envoi de l’armée à Marseille pour briser la grève des éboueurs, il est clair que nous vivons des temps de guerre.
Il faut dire que beaucoup d’entre nous n’ont pas attendu cette loi sur les retraites pour prendre la rue et y exprimer toute notre rage, tant les raisons de se révolter ne manquent pas. Depuis que nous respirons l’air vicié de ce monde de flics et de fric, l’État et les riches veulent nous enfermer dans leurs écoles, leurs bureaux, leurs cages à poules, leurs usines et leurs prisons. Ils tentent de nous contraindre à sacrifier toute liberté contre quelques miettes en fin de mois, contre un sourire à l’assistante sociale ou une courbette au patron du coin. Et si on traîne trop des pieds pour aller enrichir les bourges, on nous menace de crever la gueule ouverte dans la rue ou derrière des barreaux. C’est vrai quoi, nous sommes si fainéants que nous osons rechigner à leur vendre bras, cerveau, sueur et temps.
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