[Reçu par mail, 28 mai 2026
traduction de l’italien de Brughiere, 19 mai 2026]
[Compte rendu de la deuxième séance du procès de Bologne contre six compagnon.nes, pour des fait qui ont eu lieu pendant la mobilisation d’octobre 2022 à avril 2023 en solidarité avec Alfredo Cospito, alors en grève de la faim contre le 41bis et l’emprisonnement à perpétuité. Les 6 personnes sont accusées d’une antenne cramée, de l’occupation d’une grue et de l’interruption d’une messe.
Les avocat.e.s ont appelé Alfredo comme témoin de la défense, la raison étant qu’il pouvait fournir des informations liées au contexte dans lequel ont eu lieu les fait. La juge a accepté, et le 18 mai 2026, Alfredo a donc pu prendre parole après un an et demi d’isolement total.]
Le 18 mai au tribunal de Bologne, a eu lieu la deuxième audience contre 6 compagnon.ne.s, accusés de faits spécifiques inhérents à la mobilisation de 2022-2023 aux côtés d’Alfredo Cospito contre le 41bis et l’emprisonnement à perpétuité.
Lors de cette audience, plusieurs témoins ont été entendus et, parmi eux, Alfredo lui-même a pu prendre la parole par vidéoconférence depuis la prison de Bancali, en Sardaigne. Son émotion, combinée à celle de la trentaine de camarades présents dans la salle, a été immédiatement palpable. Alfredo a commencé par ces mots :
« En ce moment, c’est touchant d’être ici, parce que la dernière fois que j’ai pu voir des visages amis était il y a un an et demi et à l’époque il y avait Sara et Sandrone qui sont maintenant morts et je n’ai pas pu leur donner ma solidarité parce qu’ici mon isolement est total, ils t’interdisent d’exister.«
Il a poursuivi en parlant des raisons qui, en 2022, après avoir été transféré au 41-bis, l’ont poussé à entreprendre une grève de la fin sans relâche. Motivations qui, comme il l’a rappelé lui-même, ont trouvé une large diffusion dans la mobilisation internationale qui a soutenu sa lutte. Il a souligné que, sans le soutien reçu de l’extérieur, il aurait été condamné à la réclusion à perpétuité et que sa lutte était motivée par la nécessité que son incarcération en 41 bis ne crée pas un précédent extensible au mouvement.
Suite à cela, Alfredo a raconté son état actuel d’isolement. Il a confirmé qu’il est soumis à un blocage quasi total du courrier qui, actuellement (contrairement à la période précédant la mobilisation), s’applique également aux notifications de courrier retenu. Il n’a pas reçu de courrier depuis des mois, une lettre de décembre 2025 lui a été récemment remise.
Il a ensuite parlé de l’impossibilité désormais connue d’accéder aux livres, que ce soit par achat à travers des catalogues ou par la bibliothèque centrale de la prison. Il a raconté le paradoxe de son isolement, ayant eu connaissance d’une grande partie des mobilisations anarchistes de ces dernières années à travers le très lourd dossier qui motive son renouvellement au 41 bis, pour 2 ans encore, défini par les mêmes gardes qui l’ont notifié « le plus corpulent de l’histoire du 41bis ».
Comme élément supplémentaire de son incarcération, il a décrit un 41bis qui s’étend de plus en plus à des personnes non touchées auparavant par ce régime, dans un abaissement progressif du seuil d’accès, citant l’exemple d’un détenu passé de l’AS (haute securité) au 41bis parce qu’il était en possession d’un téléphone portable.
Cette occasion a également permis à Alfredo de retracer les étapes de sa détention, depuis la prison militaire pour son opposition totale au service militaire, jusqu’aux sections communes, depuis les sections de haute sécurité de Ferrare et de Terni, jusqu’à l’atterrissage dans le 41bis, appelé lieu d’isolement total. Sûrement le regard d’Alfredo ne s’est pas arrêté à son expérience personnelle et, cette fois encore, il n’a pas manqué l’occasion de condamner la brutalité du 41bis tout entier, en réaffirmant que pour lui il n’y a pas de distinction entre prisonniers dans ce système d’enfermement et d’anéantissement. Il a raconté l’horreur du service hospitalier de 41 bis de la taule de Milan Opera, où sont détenues pour la plupart des personnes très âgées, plusieurs atteintes d’Alzheimer, en fauteuil roulant ou avec différentes autonomie limitées, qui ne savent même plus pourquoi elles se trouvent là. Il n’a pas pu s’empêcher d’exprimer, enfin, une considération sur le sens de ce régime, voulu à l’origine pour éliminer les sujets avec lesquels l’État a traité [les mafieux repentis] et qu’il a dû faire taire une fois qu’ils se sont révélés inutiles à ses sales jeux.
À la suite de son témoignage, des salutations inévitables et chaleureuses, chargées d’émotion, se sont élevées dans le tribunal, ce qui a contrarié la juge et a entraîné l’évacuation de la salle. Au début de l’audience, les compagnon.ne.s présent.es avaient déjà réussi à saluer Alfredo, qui a répondu avec affection, réussissant ainsi à briser, même pour une fraction de seconde, un isolement terrible. C’était une émotion très forte, partagée par les deux côtés de ce foutu écran.
Nous sommes certains que l’occasion d’aujourd’hui a été très précieuse pour Alfredo, mais encore plus pour nous, qui dans ses paroles et dans son ironie toujours présente, avons trouvé une fois de plus une détermination énorme, une haine pour les oppresseurs et un amour très fort pour ses compagnon.ne.s, à partir de ses premiers mots pour Sara et Sandro. Et c’est avec leur souvenir en tête que nous voulons nous aussi conclure ces lignes, pour ne pas oublier celles et ceux qui ont donné leur vie pour lutter pour un monde différent.
Avec Sara et Sandro dans le cœur.
Pour qu’il ne reste de chaque prison que des décombres.
Courage, Alfredo !
Quelques compagnon.nes de Bologne inculpé.es et solidaires
La prochaine audience de ce procès aura lieu le 15 juin, à 9 heures. Y seront entendus les derniers témoins et se déroulera probablement le début des plaidoiries.