« Le principe qui a présidé au nouveau déploiement des unités est clair : rechercher l’ennemi pour le frapper sur ses points les plus sensibles »
(Journal de bord du Commandement de la division Garibaldi Carnia, 1945)
Et ainsi, ce n’est que maintenant que nous avons pu apprendre que fin mars, la destruction d’un seul pylône en Italie aurait bloqué l’approvisionnement en pétrole de l’Europe centrale pendant plusieurs jours [du 25 au 30 mars, NdT]. Une fois arrivé au port de Trieste, l’or noir est en effet injecté dans l’oléoduc Transalpin (TAL), qui couvre apparemment pas moins de 40 % des besoins pétroliers de l’Allemagne, 90 % de ceux de l’Autriche et plus de 50 % de ceux de la République tchèque. Mais tout ce pétrole brut ne circule pas sous terre sur des milliers de kilomètres par la seule grâce de Dieu, la simple force d’inertie. Il a besoin d’être pompé, ce qui fait que son acheminement nécessite de l’énergie, beaucoup d’énergie, qui provient d’installations réparties un peu partout à la surface. Le pylône abattu, par exemple, qui porte le numéro 416 et a été installé par l’entreprise Terna, est situé à Terzo, un petit village de trois cents habitants sur la route entre Tolmezzo et Paluzza (région du Frioul).
Étonnamment, la nouvelle du sabotage n’a été relayée que par la presse allemande, tandis qu’ici, en Italie, elle a été démentie par le groupe TAL (qui gère l’oléoduc), qui l’a qualifiée d’ « information dénuée de tout fondement », préférant qualifier l’incident de « ralentissement technique des activités » : une version toutefois démentie à son tour par Terna elle-même, qui attribue au contraire à des « inconnus » les dommages causés à sa ligne électrique. Et en effet, les images diffusées sont sans ambiguïté, montrant certains montants du pylône coupés net.
Quant aux responsables de cet acte, survenu précisément à un moment où le pétrole se fait rare dans le monde entier à la suite de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, l’enquête est toujours en cours. Certains y voient la patte de quelque service secret étranger plus ou moins dévoyé, d’autres la main de quelques rebelles locaux plus ou moins anarchistes. Deux hypothèses toutes deux compréhensibles. La première, parce que la meilleure façon de dissuader la propagation de mauvais exemples est de les attribuer à des complots d’État et des jeux de pouvoir. La seconde, parce que ce qui y fait penser est le lieu même où le sabotage s’est produit.
Parce que la Carnia est une terre de résistance et d’anarchie. C’est ici, au milieu de ces montagnes, que fut formée la première brigade de partisans en Italie, c’est ici qu’a été créée la première Zone libérée du nazisme et du fascisme (une expérience qui a duré deux mois, au cours de l’été 1944, avant d’être réprimée dans le sang), c’est ici que les anarchistes étaient si bien implantés qu’ils donnèrent naissance à des villages entiers. Là où les forces d’occupation contrôlaient les routes et les villages, les partisans se déplaçaient dans les bois, s’appuyant sur les refuges et les étables.
Au fond, il ne serait pas si étrange qu’aujourd’hui les héritiers d’Aso empruntent ces mêmes sentiers de montagne, pour partir à la recherche de l’ennemi et le frapper sur ses points les plus sensibles.
[Traduit de l’italien de infranero, 14 mai 2026]


