États-Unis : une vague de sabotages vise les caméras de surveillance Flock

Aux États-Unis, une vague de sabotages vise des caméras
de surveillance de masse
AFP/Guardian et autres, 9 août 2026

En quelques années, la start-up Flock a installé plus de 120 000 caméras de surveillance des véhicules dans 49 États. Mais un vaste mouvement populaire s’en prend désormais à ce réseau accusé d’atteinte à la vie privée – jusqu’à les saboter à la chaîne.

La nébuleuse anti-Flock s’active depuis des mois sur internet : carte participative des caméras, partage de techniques pour bloquer leur vision, jusqu’à saluer chaque « héros » arrêté pour en avoir détruit. Le principal groupe Facebook, « DeFlock America », compte plus de 600 000 membres et en accueille des milliers supplémentaires chaque jour. Sur un autre réseau (TikTok), un contenu ironique à succès conseille par exemple « de ne pas rechercher des lasers verts dans la gamme de 490 à 570 nanomètres au-dessus de 1 000 milliwatts, parce que cela pourrait endommager les capteurs d’image » de ces caméras…

Gigantesque base de données

Les caméras installées par Flock à la demande des services de police locaux sont différentes de la vidéosurveillance traditionnelle. Elles ne capturent pas de vidéo, mais prennent des photos des voitures qui passent, enregistrant la plaque d’immatriculation, la marque, la couleur ainsi que des détails visuels spécifiques comme des autocollants ou des bosses, constituant une véritable empreinte qui se veut unique, et conservée par défaut durant 30 jours.

La force du dispositif réside dans la centralisation et le croisement des informations au niveau national, constituant une gigantesque base de données, unique en son genre aux États-Unis. Un agent de police situé dans un État peut ainsi recevoir une alerte instantanée si un véhicule recherché réapparaît à l’autre bout du pays. De plus, des fonctionnalités d’analyse permettent d’effectuer des recherches basées sur des caractéristiques physiques ou vestimentaires des personnes à bord, étendant le contrôle bien au-delà de la simple immatriculation, selon CNN. De même, 404 Media a rapporté la semaine dernière que les flics ont utilisé la fonction de recherche de Flock pour rechercher des personnes avec des marqueurs distincts – comme des tatouages et des T-shirts spécifiques – et pas seulement des voitures.

Surveillance des femmes

La facilité avec laquelle les policiers peuvent pister une voiture, sans aucun mandat judiciaire, laisse la porte ouverte à de nombreux abus. Selon une enquête du Washington Post, au moins 50 policiers ont été accusés d’avoir détourné le système, en majorité pour espionner les allées et venues de leur compagne ou ex-compagne.

La presse rapporte également des cas où le réseau Flock a été utilisé par des policiers pour traquer des femmes cherchant à souscrire une interruption volontaire de grossesse dans un État voisin -un acte pénalisé dans plusieurs États conservateurs ou encore transmettre de manière illégale la position de migrants sans papiers aux agents fédéraux de l’immigration (ICE).

Ajoutez à cela les propos très martiaux du directeur de Flock, qui accusait l’été dernier une frange de ses opposants d’être des « terroristes », et vous obtenez « un mouvement de résistance populaire » jamais vu depuis des années, souligne Chad Marlow, de la grande association américaine de défense des droits ACLU.

La particularité du mouvement est aussi d’être tant soutenu à gauche qu’à droite, notamment dans le mouvement libertarien. Un peu partout dans le pays, des groupes locaux se montent pour pousser les élus à faire marche arrière. Les habitants « peuvent rencontrer leurs conseillers municipaux (…) et les convaincre d’annuler leur contrat », souligne Steven Keener, professeur de criminologie à l’Université Christopher Newport, qui a écrit sur Flock. Et le succès est là : de Los Angeles aux bourgades de Virginie, plus de 70 municipalités ont ces derniers mois mis fin à leur contrat avec Flock, selon un décompte de l’ACLU. Car à l’inverse d’un paysage politique national plombé par les divisions partisanes, souligne Steven Keener, avec ce mouvement, « les gens se rendent compte qu’ils peuvent changer les choses ».


NdSN : à noter que pour l’instant, « Axon » et « Motorola », principaux concurrents de « Flock » en la matière mais dont le réseau est encore moins développé et visible, sont peu visés, mais que par contre, des boîtes installant ces mouchards commencent à l’être de plus en plus.