Wiedemannsdorf (Allemagne) : cramer la continuité historique

Voilà pourquoi la demeure familiale du président nazi du Chili, Antonio José Kast a cramé aujourd’hui
(traduit de l’allemand de Kontrapolis, 24 juin 2026)

Au Chili,
la révolte a éclaté en 2019  [voir ici]
avant d’être éteinte par la pandémie de covid
et pacifiée par le référendum sur la Constitution.
Et 6 après, le fascisme se renforce.
C’est à peine croyable.
Un président d’extrême-droite, José Kast, a été élu.
Ce fascisme n’est pas le fruit du hasard,
il ne sort pas de nulle part.
Il vient d’ici, du Sud de l’Allemagne, dans la région de l’Allgäu [au sud-ouest de la Bavière].
C’est pourquoi la maison familiale du président nazi Antonio José Kast a brûlé aujourd’hui.

Cela semble trop simple pour être vrai,
mais le père de Kast (Michael Martin Kast Schindele) était un partisan de l’Allemagne nazie,
il vivait avec sa femme dans le petit village endormi de Thalkirchdorf, dans le sud de la Bavière.
Il était aussi membre du NSDAP et a servi comme lieutenant dans l’armée allemande lors de la seconde guerre mondiale.
A la fin de la guerre, il a tenté d’échapper au bilan de ses crimes de guerre.
Sous une fausse identité, il a prétendu être bénévole de la Croix Rouge, mais sous la pression, a fini par reconnaître ses mensonges et en remerciement de son honnêteté, ses dossiers nazis ont été brûlés.
Lui et sa femme ayant ainsi été remis en liberté, ils ont suivi l’ancien officier de la Wehrmacht, Erik Wünsche, au Chili.
C’est pourquoi la maison familiale du président nazi Antonio José Kast a brûlé aujourd’hui.

Au Chili, la famille a fait perdurer la tradition droitière.
Ils ont entretenu des contacts politiques et sont connus comme des soutiens de la dictature de Pinochet.
Miguel Kast, le frère de José Kast, était aussi l’un des Chicago boys, qui, avec Pinochet, se sont servi du Chili comme cobaye du néo-libéralisme.
La privatisation des services publics et de l’ensemble du pays, des rivières et de l’eau est ainsi devenue la normalité.
Ensuite est venu le fils, Antonio José Kast, qui n’a jamais fait non plus mystère de sa proximité avec l’ex-dictateur Pinochet.
A l’âge de 22 ans, il a ainsi voté pour la continuation de la dictature lors du référendum [de 1988] entre démocratie et dictature.
Dans une interview accordée en 2017 à la chaîne de télévision Radio Tele 13, il a déclaré ce qui suit à propos d’Augusto Pinochet : « Yo creo que sí, que votaría por mí, si estuviera vivo yo creo que sí », ce qui signifie à peu près : « Je pense qu’il voterait pour moi s’il était vivant, je pense bien que oui ».
A l’époque déjà, il avait proposé à José Kast de se présenter à l’élection présidentielle.
C’est pourquoi la maison familiale du président nazi Antonio José Kast a brûlé aujourd’hui.

L’arrivée à la présidence de Kast [en mars 2026] n’est pas un simple changement de gouvernement.
Par là-même, le néo-libéralisme chilien entre dans une nouvelle phase d’intensification.
Le fascisme s’établit au Chili, non pas en marchant en uniforme au pas de l’oie, ni en hissant ses bannières dans la rue, c’est plutôt un fascisme des institutions qui parle la langue sécuritaire, dans une société où règne l’incertitude.
Kast ne gouverne pas le Chili d’alors, où le néo-libéralisme pouvait encore susciter quelque espoir.
Il gouverne le Chili d’aujourd’hui, une société brisée où des millions de personnes doivent rembourser des prêts pour avoir le droit d’apprendre
à l’école et à l’université,
et d’avoir le droit d’être en bonne santé,
pour avoir simplement le droit de vivre.
Le travail ne garantit donc pas la vie.
Pourtant, lorsque le pays en est arrivé là, la rage a explosé.
La révolte de 2019 a été la plus grande crise du néo-libéralisme,
« Que signifie une vie digne d’être vécue ? »
cette question était sur toutes les lèvres.
Pendant des semaines, tout le pays a été secoué.
Le mythe de la stabilité chilienne s’est effondré sous les yeux du monde entier.
Mais le régime n’est pas tombé.
La répression a suivi, ainsi qu’une échappatoire institutionnelle : l’Assemblée constituante.
Celle-ci a été présentée comme une transformation
pourtant il n’y a pas eu de transformation.
Et les enragé.e.s et parfois éborgné.e.s ont perdu.
Et en solidarité avec les enragé.e.s et les éborgné.e.s, aujourd’hui, la demeure familiale du président nazi Antonio José Kast a cramé.

Et le nazi Antonio José Kast, désormais président du Chili,
quelques semaines à peine après son entrée en fonction,
fait ériger des murs de 5 mètres de haut à la frontière avec le Pérou et avec la Bolivie,
où patrouilleront durablement l’armée et les drones.
Il est pour l’expulsion des personnes sans- papiers
et contre l’avortement, y compris en cas de viol.
C’est aussi un partisan déclaré de Trump.
Comme quoi, la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre.
C’est pourquoi nous avons mis le feu à ce tronc d’arbre aujourd’hui.

Il s’agit d’un acte radical, (et pas seulement) d’un spectacle, qui fait pourtant pâle figure face au spectacle des crimes quotidiens commis par les puissants de ce monde. Comment cela est-il possible, d’où vient cette lassitude qui permet que dans le monde entier le droit en cours et la justice sociale se fassent piétiner sans que cela se heurte à une résistance significative ?

Mais nous devons regarder avec attention et ne pas nous laisser aveugler, ce n’est qu’ainsi que nous pourrons reconnaître les traits grotesques de ce qui est en train de se tramer politiquement, ici et sur le plan international.

Nous ne sommes que des lucioles, pouvant juste allumer ici et là une lueur (d’espoir) dans la nuit qui s’annonce. Nous espérons pouvoir mettre en lumière ces brutes fascistes, les démasquer dans toute leur obscure monstruosité, pour qu’enfin une clameur s’élève à nouveau contre leurs crimes. Il semble toujours que nous soyons peu, mais en réalité beaucoup se demandent vers où nous allons et ce qu’on peut faire ! En tout cas, nous ne sommes pas prêt.e.s à regarder les bras croisés toujours plus d’États glisser vers le fascisme uniquement à cause (du non-droit) de leurs propres dirigeants.