
(Traduit de l’allemand de de.indymedia, 1er juin 2026)
Le 25 mai dernier vers 3h50, un incendie volontaire s’est produit contre des deux pylônes électriques à Garching, dans la banlieue nord de la capitale de la Bavière, Munich. « Les éléments dont nous disposons à ce jour indiquent clairement qu’il s’agit d’un acte de sabotage. Nos forces de sécurité mènent l’enquête à un rythme soutenu », a déclaré le ministre de l’Intérieur régional, Joachim Herrmann (CSU). Bien que l’incendie n’ait entraîné qu’une coupure de courant de 45 minutes*, on remarque la réticence des médias à évoquer le lieu et le contexte de l’incident. « Compte tenu de la cible et des modalités de l’action, on peut supposer qu’il s’agit d’un acte à motivation politique », a déclaré le parquet général, qui dirige l’enquête. Les médias locaux n’ont toutefois pas pipé mot sur les raisons pour lesquelles la cible conduit à cette conclusion. Quant à leurs confrères nationaux, ils ont gardé le silence total sur ce qui s’est passé. Une courte recherche sur Internet permet de montrer clairement pourquoi l’État est si sûr qu’il s’agissait bien d’un acte de sabotage.
La ville de Garching, près de Munich, est en grande partie occupée par le vaste campus de l’Université technique de Munich (Technische Universität München, TUM). Cet établissement, qui compte parmi les meilleures universités d’Europe, dispose de plusieurs sites répartis à travers toute la ville**. Le site du campus de Garching a été inauguré en 1957 avec la mise en service d’un réacteur de recherche. Il s’agissait de la première centrale nucléaire de la République fédérale d’Allemagne. Ce réacteur de recherche n’a jamais été utilisé pour produire de l’électricité, mais exclusivement à des fins de recherche ; il produit toutefois des déchets nucléaires depuis 70 ans (il y a 20 ans, un nouveau réacteur a été construit et l’ancien a été mis hors service).

Ce n’est qu’en 2025 qu’un nouveau transport Castor de déchets nucléaires vers le site de stockage provisoire de déchets radioactifs de Ahaus (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) a eu lieu. L’uranium des barres de combustible étant enrichi à plus de 90 %, le réacteur fait depuis longtemps l’objet de critiques pour son enrichissement d’uranium « de qualité militaire » – l’uranium des bombes atomiques est enrichi à un niveau similaire. La Bavière crée ainsi théoriquement les conditions nécessaires à la fabrication d’armes nucléaires. Les barres de combustible de Garching sont refroidies avec de l’eau provenant de l’Isar et, une fois que cette eau est contaminée par la radioactivité, elle est à nouveau rejetée dans ce fleuve alpin. Cependant, comme elle n’est que « faiblement radioactive », cela ne pose bien sûr aucun problème, selon les scientifiques de Garching.
Outre le réacteur et la recherche nucléaire, Garching accueille de nombreuses autres activités de recherche de pointe. Outre l’astrophysique, la physique des semi-conducteurs et des plasmas, la sécurité énergétique et nucléaire, l’optique quantique, le génie mécanique et la technologie des moteurs, le centre de calcul Leibniz y est implanté depuis 2006. « C’est là, dans un bâtiment à la pointe de l’innovation technologique et doté d’un système de climatisation haute performance, que se trouve l’un des centres de calcul les plus performants au monde, comprenant l’infrastructure réseau pour le pôle universitaire de Munich. »

L’université technique de Garching travaille en étroite collaboration avec des entreprises privées, ce qui explique la présence depuis quelques années du campus de la multinationale de logiciels SAP (Systemanalyse Programmentwicklung) sur le site de l’université, où des start-ups technologiques sont soutenues et rachetées. Le fait qu’une entreprise privée de premier plan cotée à la bourse allemande DAX dispose de son propre campus sur un site universitaire en dit long sur l’importance économique et scientifique de Garching. La recherche menée au « SAP Labs Munich Campus » se concentre sur l’intelligence artificielle et couvre des domaines tels que les chaînes d’approvisionnement numériques, l’environnement, les questions sociales et la gouvernance, l’avenir du travail, les données synthétiques et l’informatique quantique.
De plus, l’université technique de Garching dispose de l’un des principaux « pôles de start-ups » d’Europe, l’« Entrepreneurship Center Garching ». C’est là que naissent chaque année plus de 140 start-ups technologiques, parmi lesquelles Isar Aerospace, dont on peut régulièrement voir les fusées s’écraser à la télévision.
Il va sans dire que cette interface universitaire issue des sciences techniques est également une source d’inspiration pour l’industrie de l’armement. Un programme de l’Université technique de Munich, les « TUM Venture Labs », octroie des subventions, met à disposition des laboratoires et facilite les coopérations pour les start-ups technologiques de tous les secteurs – de la biotechnologie à l’IA en passant par l’industrie de l’armement. Ainsi, le TUM Venture Lab entretient un partenariat avec l’entreprise d’armement Hensoldt, surtout connue pour ses drones. « En tant que pôle européen de premier plan pour l’entrepreneuriat DeepTech, TUM Venture Labs et nos partenaires munichois jouent un rôle décisif dans les innovations liées à la défense dans les domaines de l’espace, des systèmes autonomes et des logiciels/IA », explique le Dr Philipp Gerbert, PDG de TUM Venture Labs. « Hensoldt est un nouveau partenaire inestimable à nos côtés. »
Les TUM Venture Labs entretiennent des partenariats avec de nombreuses entreprises du secteur de la défense, notamment dans les domaines de l’aéronautique, des satellites et des drones, et les soutiennent. Parmi les protégés des TUM Venture Labs figurent par exemple DeltaOrbit, Vaeridion, deltaVision, Vortex Aerotec et TYTAN Technologies – qui sont toutes des start-ups spécialisées dans les innovations en matière de guerre moderne (IA, drones, etc.), appelées DefenseTech ou deftec, et qui bénéficient pour certaines de subventions de plusieurs millions d’euros. La société de drones TYTAN Technologies affiche fièrement sur son site web : « Conçu pour le champ de bataille, pas pour le laboratoire », complété par le slogan : « Testé sur le champ de bataille en Ukraine ».
Le 17 juin 2026, les TUM Venture Labs organisent par exemple un « cours sur la levée de fonds dans le domaine de la défense ». « Ce cours rassemble des acteurs clés pour aider les fondateurs et fondatrices à comprendre le capital-risque, les subventions publiques et la mise à l’échelle dans l’écosystème de la défense. » La plupart des laboratoires que l’université technique met à la disposition des futurs scientifiques de haute technologie et des entreprises d’armement se trouvent à Garching.
Cette petite synthèse n’est issue que d’une brève recherche, qui aurait pu être nettement plus approfondie. Elle devrait toutefois suffire à illustrer la nature des travaux de recherche menés à Garching depuis 70 ans. On peut supposer que non seulement les procureurs et les ministres de l’Intérieur connaissaient l’importance et le rôle du site de Garching, tout comme les saboteurs qui, il y a une semaine, ont mis le feu aux pylônes électriques à Garching.
NdT
* Selon une déclaration du gestionnaire du réseau électrique Bayernwerk Netz dans la presse locale, c’est toute la zone de Garching qui a été touchée par ce double sabotage du lundi de Pentecôte : « environ 15.000 foyers des villages de Ismaning, Aschheim, Finsing, Neuching et Moosinning ont été privés de courant pendant environ 45 minutes« , puis des mesures de commutation seraient parvenues à rétablir la situation (Merkur, 26 mai 2026).
** Pour qui s’intéresse aux sabotages contre les activités des techno-scientifiques munichois, on pourra notamment relire l’article suivant, à propos de l’attaque contre les travaux de la ligne de métro devant reliant le campus-nord (Garching) au campus-sud (Planegg) : « Munich (Allemagne) : feu au chantier du métro du pôle scientifique » (sansnom, 27 juillet 2023).

