Nantes : la seule cathédrale qui illumine… (mis à jour)

Après Notre-Dame de Paris en avril 2019, c’est la cathédrale de Nantes qui est ravagée par les flammes. Un incendie s’est déclaré, samedi 18 juillet au matin, à l’intérieur de la cathédrale de Nantes, dans l’ouest de la France. Alertés à 7 h 45 du matin par des riverains, une centaine de pompiers se sont mobilisés pour venir à bout des flammes qui ont attaqué la rosace en façade de ce « joyau gothique » et ravagé le grand orgue du XVIIe siècle. Le feu a finalement été déclaré « circonscrit » vers 10 heures.

Les murs sont noircis par les flammes et la fumée est encore très présente dans le monument. Des dégâts matériels considérables sont aussi à déplorer, comme on peut le voir sur les images. En plus de la rosace et de l’orgue, le conservateur des antiquités et objets d’art de Loire-Atlantique a listé les œuvres atteintes par l’incendie dont un tableau d’Hippolyte Flandrin qui datait du XIXe siècle et une partie des stalles de cœur.

Selon le procureur de la République, Pierre Sennes, il y a eu trois
départs de feu, au niveau de l’orgue et de part et d’autre de la nef. « Ce n’est pas le fait du hasard », a d’abord fait valoir le procureur, pointant des foyers « assez éloignés les uns des autres ». Il a a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « incendie volontaire ».


Incendie à la cathédrale de Nantes : un e-mail, des prélèvements et des images au cœur de l’enquête
Le Monde, 27 juillet 2020

L’homme de 39 ans mis en examen dans la nuit de samedi à dimanche a reconnu les faits. L’enquête s’était rapidement concentrée sur ce bénévole, chargé de fermer l’édifice la veille du sinistre.

Un très long e-mail. C’est ce qui a mis les enquêteurs sur la piste du bénévole diocésain mis en examen et placé en détention provisoire, dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 juillet, pour « dégradations, détériorations ou destruction du bien d’autrui par incendie », une semaine après l’incendie de la cathédrale de Nantes.

Les dernières volutes de fumée s’échappaient encore de la verrière de l’édifice, samedi 18 juillet, quand la brigade criminelle de la police judiciaire de Nantes a découvert l’existence de cet e-mail. Dans ce message, daté de la nuit du 17 au 18 juillet, soit quelques heures avant les faits, cet homme de 39 ans racontait longuement ses « problèmes personnels » et « écrivait sa rancœur auprès de différentes personnalités qui ne l’avaient pas assez soutenu, à ses yeux, dans ses démarches administratives », rapporte le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès. Un texte destiné au diocèse et aux autorités administratives.

Dans ce courrier électronique, que Le Monde a pu consulter, l’auteur écrit notamment avoir « poussé des cris de détresse » et se trouver « dans un cercle vicieux déplorable ». « Je compte vivement sur vos prières pour que l’Esprit saint m’accompagne », implore-t-il, avant d’évoquer « toutes les victimes de ce système conduisant à l’injustice ».

Ce bénévole diocésain, de nationalité rwandaise, qui avait « toute la confiance » du recteur Hubert Champenois, était aussi, depuis le 15 novembre 2019, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Cette « OQTF me guettait sauvagement un peu partout », a-t-il écrit dans son e-mail. « Il avait formulé des demandes de régularisation qui n’ont pas abouti », a confirmé Pierre Sennès.

Catholique pratiquant, il occupait une chambre dans un foyer nantais au sein de la communauté des franciscains. Il se plaignait également de problèmes de santé, qu’il estimait liés à une agression subie sur le parvis de la cathédrale de Nantes, en décembre 2018. Dans son courrier, il déplore : « Tout le monde a fermé les yeux sur mon état de santé fragilisé (…) en plus de cette crise sanitaire qui s’y ajoute. »

Au matin du 18 juillet, les enquêteurs apprennent également qu’il était chargé de fermer les portes de l’édifice la veille au soir. « Dès lors, ils décident de l’interroger sur son emploi du temps, notamment », explique le procureur de la République dimanche 26 juillet.

En l’absence d’interprète disponible, il leur faudra attendre le dimanche après-midi pour lui poser leurs premières questions. L’homme leur répond, avant d’être remis en liberté à 22 heures ce soir-là. « Le travail des experts venus du laboratoire central de la Préfecture de police de Paris a ensuite permis de mettre en évidence la présence de traces de produit inflammable, poursuit Pierre Sennès. Un produit d’entretien hautement inflammable, selon nos informations. Ces éléments nous ont permis d’établir l’origine criminelle de l’incendie et de caractériser l’infraction pénale. »

Alors que les techniciens inspectent l’intérieur de la cathédrale, les enquêteurs, eux, poursuivent leurs investigations. Ils frappent aux portes des voisins, entendent trente personnes et cherchent à savoir si des caméras ont pu filmer une silhouette ou un visage près des lieux du sinistre. Ils trouvent. Un homme apparaît sur des images, filmées par une caméra de la ville, quinze minutes avant les premiers appels passés aux pompiers, à 7 h 45, ce matin-là. Les enquêteurs pensent reconnaître le suspect.

Tout s’accélère alors. Le bénévole est une nouvelle fois interpellé, samedi 25 juillet, dans la chambre de son foyer. Devant les enquêteurs, il conteste d’abord les faits. Il finira par reconnaître avoir mis le feu au niveau du grand orgue, du petit orgue et de l’armoire électrique, devant le magistrat instructeur, au cœur de la nuit de samedi à dimanche.

Ses motivations, elles, demeurent « confuses » à ce stade des investigations, selon Pierre Sennès. Au cours de la longue instruction qui s’annonce, le bénévole sera réentendu par le juge. Il fera également l’objet d’une expertise psychiatrique.