Suisse : Elany est sortie de prison

[Elany et sa compagne ont été arrêtées en Suisse le 9 janvier dernier, puis seule la première maintenue en détention préventive, accusée de sabotage et d’incendie criminel d’une antenne de téléphonie mobile. Elle a été relâchée le 26 avril 2022, un juge de la détention estimant qu’il n’y avait pas assez de preuves pour la maintenir en prison plus longtemps, ce qui ne signifie pas que la procédure soit close pour autant. Voici une traduction de la première lettre qu’elle a écrite depuis l’extérieur à propos de sa situation]

Elany : à propos de mon incarcération
traduit de l’allemand de Zundlappen, 5 mai 2022

Ne devant plus passer davantage mon temps en taule, il est à présent possible de donner quelques détails sur mon arrestation. Le motif en a été qu’il existerait un fort soupçon de sabotage d’une antenne de téléphonie mobile. Je ne sais toujours pas comment la police s’est intéressée à moi, ou plutôt à nous. Mais le fait que le blog ait relaté divers cas de sabotage de pylônes de téléphonie mobile et que je portais sur moi des notes manuscrites pour un « manuel de sabotage » décrivant comment saboter des pylônes, des lampadaires, des distributeurs de billets et autres n’a pas aidé.

Au moins ça a permis d’attirer toute l’attention sur moi, de sorte que ma compagne a pu être rapidement relâchée (tout en ayant droit à quelques remarques validistes sur le fait que son état de santé excluait qu’elle soit en capacité de commettre des actes dangereux). Malgré les indices retenus à charge, les preuves manquent encore aujourd’hui. Pendant tout ce temps passé derrière les barreaux, aucune preuve n’a jamais pu être apportée que j’avais commis cet acte, ou même un acte quelconque. Le tribunal a donc estimé qu’une détention prolongée n’était pas appropriée tant qu’il n’y avait pas de preuves solides (à ma grande surprise, car nous connaissons tous les innombrables cas où des personnes croupissent en prison alors que les preuves sont minces ou inexistantes).
En taule, les keufs essaient bien sûr de te faire craquer d’une manière ou d’une autre, probablement dans l’espoir d’obtenir des aveux afin que la suite de la détention soit plus „agréable“. La rétention du courrier, le refus initial de me procurer des médicaments nécessaires, l’interdiction de promenades, voilà entre autres ce qu’ils ont tenté. Mais le plus dur pour moi a été de passer d’un mode de vie très actif dans la nature où je trouvais ma nourriture (ce qui est possible – les jardins de riches voisin-ne-s sont aussi fort appréciables pour cela) à une vie sédentaire derrière des murs, dans laquelle on te sert la pitance de prison. Celles et ceux qui refusent de bouffer des animaux morts, des céréales et l’ « alimentation » industrielle hautement transformée devront nécessairement se familiariser avec la faim, car il n’y a pas beaucoup d’autres choix. Cependant rien de tout cela n’a pu me briser. La vie m’a déjà niquée plus durement que l’État n’est à même de le faire, pour l’exprimer en langage moderne.

Maintenant, il me reste à attendre la suite. En attendant, les montagnes m’appellent.

Pour conclure, j’envoie des salutations chaleureuses et beaucoup d’amour à tou-te-s les compagnon.ne.s connu.e.s et inconnu.e.s qui ont offert et montré leur soutien et leur solidarité, qui ont partagé les informations et mes textes, merci pour les magnifiques messages à l’intérieur, et naturellement à tou.te.s les compagnon.ne.s qui sont enfermé.e.s derrière des murs froids. Vous n‘êtes pas seul.e.s dans cette lutte. Un jour ou l’autre nous danserons sur les ruines de toutes les cages.

(Je serai de nouveau active sur Twitter ce week-end !)