[Tract] : C’est quoi c’travail ?!!

[Mercredi 15 février 2023 à Nanterre, une dizaine de personnes ont fait irruption en milieu de matinée dans l’agence Pôle emploi de la rue Gambetta en distribuant des tracts. « Dégradation de l’accueil », « affiches déchirées » et « objets mis à terre » par « des gens de la mouvance anarchiste » lâcheront les journaflics du Parisien le jour même, tandis que Môssieur le Préfet des Hauts-de-Seine en personne publiera un communiqué pour « condamne[r] fermement la violente intrusion » dans l’agence et blablater sur sa « solidarité et total soutien aux agents de Pôle emploi et de tous nos services publics ».
Suite à cette petite visite qui tombait pile le jour et l’heure où
Pôle emploi organisait dans ses locaux une séance de recrutement pour le compte de la gendarmerie nationale (jardinage, cuisine, etc.), cinq personnes ont été arrêtées dans la foulée et quatre placées en garde-à-vue. Elles sont sorties le lendemain au bout de 30 heures avec une convocation au tribunal le 5 décembre prochain, pour « dégradations en réunion » et « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique », ainsi que « refus de signalétique ». Voici le tract distribué ce jour-là au Pôle Emploi de Nanterre.]


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« C’EST QUOI C’TRAVAIL ?!! »

Pour beaucoup, malgré tous les formatages du monde, le Travail signifie exploitation de l’homme par l’homme, concurrence sans merci de tous contre tous, transformation du monde en marchandises et, l’inévitable cortège de souffrances et maltraitances physiques et psychologiques actent le caractère désastreux et misérable d’une telle condition. « Ici on n’est pas là pour déconner. »

L’enfer n’est peut-être pas de ce monde mais une chape de plomb semble être lourdement plaquée sur les consciences et les cœurs, car tenter de réfléchir plus en profondeur et autrement qu’à travers les logiques comptables et gestionnaires de l’État, des médias et des syndicats, sur notre sort, se heurte trop souvent à des murs fatalistes ou moralistes qui maintiennent la pensée étouffée dans les cadres dominants. « ça a toujours été comme ça », « faut bien qu’il y en ait qui décident pour les autres », « vous avez qu’à voter ou vous présenter » quand ce n’est pas la plus simple résignation justifiant l’abandon par défaut : « de toute façon, à la fin les politiques et les patrons font ce qu’ils veulent alors ça ne sert à rien de vous agiter comme ça ».

« Lois du marché, compétitivité, pragmatisme, etc. ». Cette société semble immuable, et ce que nous renvoie en miroir ce constat semble bien n’être que notre impuissance face à ce qui
nous dépasse.
Si le monstre avance inexorablement, il semble aussi avancer de lui-même, tant les quelques cris et coups portés contre lui semblent vains et « inefficaces ». Et pourtant, il y a là un véritable angle-mort, un angle d’attaque à creuser pour peu qu’on cesse de se considérer comme des victimes et qu’on embrasse plutôt des perspectives de combativité, d’entraide et de lucidité.

S’il est vrai que le maître assujettit, exploite et commande à l’esclave, il n’est pas moins vrai que l’esclave se soumet, trime et obéit au maître. Qui de l’œuf ou de la poule… peu importe.

En dépit du rôle majeur de l’automatisation et de la mécanisation et des fantasmes en vogue liés aux technologies du numérique tels que l’« intelligence artificielle », la main d’œuvre et les fantassins du capitalisme demeurent principalement composées d’humains en chair et en os. Peut-être un jour obsolète, cette force de travail toujours trop coûteuse et parfois capricieuse et indisciplinée, demeure pour l’instant bel et bien incontournable pour faire tourner la grande boîte.

Alors, si tous les politiciens sont des escrocs et des mafieux en cravate, si tous les patrons sont des proxénètes et des voleurs, et si tous les flics sont des assassins et de serviles chiens de garde des premiers, c’est bien que tout ce sale petit monde peut se le permettre, c’est bien qu’il faut que, en attendant les robots, des légions de braves travailleurs rendent cela possible. Merci patron ? Non, ce serait plutôt les patrons et l’État qui auraient à dire un immense merci… aux milles et unes petites mains qui œuvrent et agissent dans les coulisses, loin des feux des projecteurs, moins médiatisées, plus modestes, mais pas moins besogneuses.

C’est ainsi que quand Pole Emploi co-organise une journée de recrutement pour « découvrir les métiers de la Gendarmerie Nationale », on peut comprendre que :

– pour que les hommes et femmes « sur le terrain », puissent être en bonne condition physique pour tabasser, arrêter ou dissuader révolté-e-s et autres manifestant-e-s ou bien rafler et expulser des migrant-e-s, ou encore aller réquisitionner des travailleurs grévistes pour les forcer à reprendre le travail, il leur faut des Cuisiniers pour leur préparer la nourriture ainsi que des Employés Polyvalents pour la leur servir et faire la vaisselle et le ménage dans leurs cantines.

– pour que les robocops puissent sécuriser la destruction d’une forêt, la construction d’une poubelle nucléaire, ou le bon déroulé de la tâche infâme des juges, ou encore mener à bien une expulsion d’habitant-e-s devenus trop pauvres ou indésirables et pour pouvoir bien préparer toutes leurs sales opérations, il est impératif que leur bâtiments, leurs centres d’entraînements, leurs bureaux de commandement, leurs cantines, etc. soient entretenus par des Peintre, Maçon, Plombier et Menuisier.

– pour que cette institution de la violence d’État puisse remplir son rôle de défenseur des puissants et de l’ordre en général, et ainsi permettre que les riches s’enrichissent à la nausée pendant que d’autres crèvent de faim, pour que gendarmerie, police et l’armée en générale permettent que l’État ait toujours plus la possibilité de faire ce qu’il veut de nos vies, et que la planète et le vivant continuent d’être saccagés, pillés et dévastés, il faut aussi à la
maréchaussée, apprend-on donc, des Magasinier, Secrétaire et Jardinier-Paysagiste. L’assassin en uniforme n’est en effet pas polyvalent au point de produire de la violence à la demande et gérer les stocks de grenades, éditer sa fiche de paie et tailler les géraniums…

Il paraît que certains métiers « n’ont pas de sens », entraînant un certain désamour, une certaine critique, souvent juste, pouvant entraîner un détournement vers d’autres voies et parcours. Dans une société désastreuse et mortifère telle que la nôtre, être dans les rangs et faire ce que l’on attend de nous, a plutôt selon nous un sens très clair qui est de reproduire et rendre possible l’existant, tel que l’illustre l’exemple de la maréchaussée pour peu qu’on
mette en lumière des liens et des engrenages un peu dans l’oubli dû à leur banalité.

Si on est tous plus ou moins partie prenante de ce monde, pour autant on ne peut pas honnêtement se dire que tout se vaut et que seule comptent la thune ou les intentions, ou encore croire naïvement qu’on pourrait faire « évoluer les choses de l’intérieur -en mieux ».
La désertion c’est comme la retraite, anticipée ça a meilleur goût !
Préparer un repas, manier la truelle ou la scie, prendre des notes ou s’occuper de plantes, c’est chouette mais pas à n’importe quel prix et surtout pas pour n’importe qui !

Alors, ne soyons jamais ni celui ou celle qui tient la matraque, ni celui ou celle qui contribue à cela !
Recruteur, va au diable !
Police, gendarmerie ou autre organe de l’État,
ce sera SANS MOI !

PLUTÔT AU RSA ET/OU SE DÉBROUILLER,
QUE TRIMER POUR L’ÉTAT ET SES ARMÉES