(Traduit de l’italien de Infranero, 12 juillet 2026)
Le seul manuscrit de Joseph Déjacque qui nous soit parvenu est une lettre écrite le 20 février 1861, à la veille d’embarquer pour cette Europe, dont il était absent depuis sept ans. Dans cette dernière, adressée à un proscrit français réfugié en Suisse, Déjacque exprime tout son mépris pour un pays où il avait espéré trouver une plus grande liberté, mais où régnait au contraire « le crétinisme politique et religieux ». Les mots de Déjacque sur la société nord-américaine de l’époque sont très durs, et il vaut la peine de les rappeler ici : « L’Amérique est littéralement une nation d’épiciers, de boutiquiers en gros et en détail qui n’ont dans la tête et dans le cœur qu’une seule chose, le commerce, l’exploitation. La foi politique comme la foi religieuse de chacun n’est qu’une marchandise dont il spécule au profit de ses intérêts mercantiles. Il n’y a chez l’Américain qu’un sentiment, celui de sa vénalité et de la vénalité des autres ; ce sentiment est l’ivraie qui étouffe en lui toute grande idée. […] Les rues de New York, plantées de passants indigènes et exotiques, sont pour moi plus désertes que les forêts de l’Ouest, peuplées d’arbres et de rochers ; je serais moins seul, je crois, dans ces vastes solitudes que dans cette cité populeuse, pépinière d’hommes et de femmes américanisées. Je le dis avec plus d’humilité que de morgue (car enfin ces idiots sont mes frères, ils sont pétris de la même argile dont je suis pétri). Ici sauf de rares exceptions, je ne fréquente personne avec plaisir, et personne n’aime sérieusement ma fréquentation. Tous ceux qui mettent le pied sur le sol américain s’abrutissent en peu de temps, s’ils ne le sont déjà avant d’y venir, les uns en sacrifiant au Dieu Plutus, les autres en sacrifiant au Dieu Bacchus, le plus souvent en sacrifiant à tous les deux.. »
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Nestor Romero, Los Incontrolados. Chronique de la Colonne de Fer (Espagne 1936-1937), précédé de La Colonne de Fer, la militarisation et l’avenir révolutionnaire en Espagne, ed. Anar’chronique, juin 2026, 280 p.