Archives par mot-clé : Chili

Chili : les attaques en zone mapuche continuent de plus belle

Vendredi 9 juillet à Carahue, un ex-étudiant en anthropologie de 29 ans qui avait  rejoint la lutte mapuche à travers la CAM (Coordinadora Arauco Malleco), Pablo Marchant, était assassiné par un carabinier d’une balle en pleine tête au cours d’une attaque contre des véhicules de l’entreprise forestière Forestal Mininco. Loin de réclamer une quelconque justice à l’État assassin, différents groupes mapuche radicaux de plusieurs régions (Biobío, La Araucanía et Los Ríos) avaient alors immédiatement entrepris de continuer à faire vivre les idées de « Toño » en s’en prenant à des entreprises qui exploitent l’eau ou la forêt : en moins d’une semaine, le pouvoir recensait déjà 44 blocages de routes, 22 attaques par armes à feu contre des patrouilles de carabiniers ou des vigiles, et 11 attaques incendiaires qui avaient détruit 39 véhicules (camions et engins de chantier forestiers).

Aujourd’hui 1er août, un peu moins d’un mois plus tard, tous ceux qui espéraient réduire ces attaques vengeresses à une inévitable flambée passagère de rage et de colère de quelques jours, ont reçu une petite douche froide lors du traditionnel bilan officiel du ministère de l’Intérieur. Ce dernier a en effet non seulement pointé une augmentation générale de 94% des « faits de violence » en zone mapuche (Macrozona Sur) lors du premier semestre 2021, mais aussi recensé plus de 150 « attentats » menés suite à l’assassinat de Pablo Marchant.

Voici donc la suite de notre petit aperçu chronologique des sabotages menés contre les entreprises de la région, qui ont détruit une cinquantaine d’équipements forestiers supplémentaires ces deux dernières semaines…
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Chili : la zone mapuche s’enflamme après l’assassinat de Pablo Marchant [mis à jour]

Au Sud du Chili, une partie de la population mapuche mène depuis de nombreuses années une lutte acharnée aussi bien contre les grands propriétaires latifundistes (incendie de leurs villas et occupations de terres) que contre les exploitants agro-forestiers, les grands barrages hydro-électriques ou les élevages intensifs de saumon. C’est dans ce cadre que vendredi 9 juillet à Carahue, Pablo Marchant Gutiérrez a été assassiné lors d’une attaque contre des véhicules de l’entreprise Forestal Mininco (filiale du géant de la cellulose CMPC).

L’ex-étudiant en anthropologie de 29 ans qui avait ensuite rejoint la lutte mapuche à travers la CAM (Coordinadora Arauco Malleco), était en train de participer à l’incendie d’un minibus, d’un skidder et d’un camion-citerne vers 17h sur le domaine de Santa Ana-Tres Palos, lorsqu’il a reçu une balle en pleine tête tirée à courte distance par des carabiniers chargés de protéger les intérêts des exploitants forestiers. Un autre saboteur ainsi qu’un employé ont également été blessés par balle lors de l’échange de tirs, et le parquet s’est empressé de faire l’hypothèse que celle qui a envoyé le second à l’hôpital venait du M16 qu’aurait tenu Pablo Marchant.

De son côté, la CAM a immédiatement rendu public le fait que Pablo venait d’être abattu par un carabinier lors d’une action de sabotage menée par un de ses groupes locaux (Órgano de Resistencia Territorial, ORT), celui nommé Lafkenche-Leftraru, devenant ainsi un combattant mapuche (weichafe) tombé au cours de la lutte. Son corps a été accompagné le lendemain par 300 personnes depuis l’institut médico-légal de Temuco jusqu’à la commune de Lumaco, où se tiendra la veillée de son corps (féretro) jusqu’à mardi 13 juillet, jour de son enterrement.

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Temuco (Chili) : attaque coordonnée contre 26 engins forestiers

Dans la zone Mapuche, au sud du Chili, une belle attaque coordonnée menée en pleine journée a fait grand bruit jeudi 6 mai 2021 dans la région de La Araucanía. Il s’agit de rien moins que de huit attaques incendiaires menées en moins de 6 heures, de midi à 18h, contre pas moins de 26 engins de tout type (camions de transport, camionnettes, porteurs, skidders) de l’industrie forestière, sur la route P90 qui mène de Lumaco à Tirúa, sur les domaines de Los Laureles, le chemin vers Rilún, à Rilún même et à Pichi Pellahuén, exploités par l’entreprise CMPC. Cette dernière, fondée en 1920, est l’une des quarante plus grandes du pays et est un acteur majeur de l’industrie papetière et forestière, qui détruit et exploite les forêts de la zone à grande échelle, et fait l’objet d’une féroce opposition de certains groupes Mapuche.
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Santiago (Chili) : « contre ceux qui nous forcent à obéir au quotidien »

Suite à un énième assassinat policier en pleine journée le 5 février 2021 dans la ville de Panguipulli (Chili), des émeutes avaient éclaté dès le soir même, laissant notamment la mairie et plusieurs bâtiments institutionnels en ruines. Elles avaient immédiatement trouvé un écho dans les quartiers de la capitale Santiago, comme on pouvait le lire dans cette synthèse, où plusieurs commissariats avaient été attaqués à Maipú et Puente Alto, tout en réduisant aussi trois bus du réseau RED (ex-Transantiago) en carcasses fumantes les dimanche 7 février et lundi matin suivant, après avoir fait descendre chauffeur et passagers avant de les flamber de la plus belle des manières.

Deux semaines plus tard, le 21 février, l’incendie du troisième de ces bus près de la place Grecia vient d’être revendiqué. Nous en livrons une traduction ci-dessous, en guise de continuité et de suivi de cette révolte :
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Panguipulli (Chili) : l’énième assassinat policier ne passe pas…

Beau comme la mairie de Panguipulli (Chili) en flammes, 5 février 2021

Vendredi 5 février 2021 dans la petite ville de Panguipulli, 30.000 habitants située dans la province de Valdivia (région de Los Ríos), un jongleur a été abattu en pleine rue par les sbires de l’État. Francisco Martínez (27 ans), surnommé El Tíbet, était connu des habitants du coin pour tenter de survivre en faisant la manche dans la rue avec de petits spectacles, lorsque des carabiniers ont tenté d’effectuer un contrôle d’identité parce qu’il n’avait pas d’autorisation pour le faire (carnet de travail). Face à son refus, il d’abord reçu une première balle policière dans la jambe, avant que deux autres ne criblent le reste de son corps (dont une en plein torse) devant une foule ce chalands médusés un vendredi après-midi en plein centre-ville. Bien entendu, les carabiniers ont argué de la fameuse « légitime défense », tandis que les citoyennistes et le monde artistique indignés ont défendu son côté hippie tranquille*.

De toute façon au Chili, au sein d’une guerre sociale où les flics locaux –comme leurs homologues de tous les Etats– se livrent à une répression quotidienne et où on ne compte plus les actes de tabassages, tortures et assassinats dans la rue et les commissariats contre des manifestant.e.s, des jeunes des quartiers pauvres, des indésirables et des rebelles, n’importe quelle nouvelle de ce genre peut être une étincelle qui suffit à faire éclater la poudre de la rage accumulée contre les uniformes. Le soir même, des groupes de manifestants se sont ainsi spontanément regroupés devant la Quinta Comisaría de Carabineros de Panguipulli, où étaient affectés les uniformes concernés et qui n’en étaient pas à leurs première exactions, pour tenter de le prendre d’assaut et l’incendier. Après des affrontements où les renforts anti-émeute ont dégagé les barricades improvisées à coups de lacrymogènes et canon à eau, beaucoup de petits groupes émeutiers se sont dispersés en centre-ville et ont entrepris une démolition systématique de différents bâtiments liés aux institutions.
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Galvarino (Chili) : l’industrie forestière perd cinq camions

Une nouvelle attaque incendiaire s’est produite ce mercredi matin [6 janvier] dans la région de La Araucanía, en territoire mapuche. Elle a eu lieu dans le secteur Lolenco sur la commune de Galvarino à la limite de Lumaco, où des inconnus ont brûlé cinq camions et un skidder (engin utilisé pour sortir les grumes de l’exploitation forestière) dans le Fundo Santa Elena.
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Rien n’est fini ! Quelques réflexions depuis le Chili…

[traduit de l’espagnol du numéro spécial de Confrontación, périodique anarchiste apériodique (Chili), octobre-novembre 2020, 4 p.]

Rien n’est fini !
Nous restons en révolte contre toute autorité

À un an du début de la révolte qui s’est déchaînée au Chili depuis le 18 octobre 2019, nous continuons à diffuser Confrontación.

Saluant toutes celles et ceux qui sont resté-e-s actifs et actives dans la lutte contre l’ordre établi avant, pendant et après la dite «explosion sociale» nous restons dans la rue avec un nouveau numéro sur papier.
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Chili : Souder les chaînes en temps de ruptures

Souder les chaînes en temps de ruptures
Une perspective anarchiste face au processus constituant au Chili
traduit de l’espagnol de Indymedia Barcelone, 22 octobre 2020

À un an de la révolte qui a secoué octobre [2019], nous nous rebellons contre tout début et toute fin, nous rejetons l’idée d’une date commémorative qui se dissoudrait dans les eaux de l’Histoire et dont on ferait périodiquement usage comme d’un trophée que l’on dépoussière pour rappeler et vivre, toujours au passé, l’aspect supposément ponctuel de la subversion et la segmentation d’un antagonisme réel. Loin des options du pouvoir et de sa voie institutionnelle pour se relégitimer, la seule chose qui reste, qui n’a pas de prix et n’est pas quantifiable, c’est l’expérience de projeter et de se projeter dans des chemins de négation antagonique à un monde de mensonges, de domination, de misère et de lois.
Face à la révolte, le référendum et la situation judiciaire: Communiqué de prisonnier-e-s de la guerre sociale pour la destruction de la société carcérale
Octobre 2020/Prison de Haute Sécurité, Prison de Santiago 1, Prison de San Miguel.

Une esquisse du contexte

Le 18 octobre 2019, sur le territoire dominé par l’État chilien, a commencé l’une des révoltes les plus étendues et catégoriques que l’on ait vue ait vue au cours des dernières décennies. Tout débute dans le contexte d’un ensemble de protestations contre la hausse du billet de métro. Ces mobilisations, réalisées principalement par des lycéen-ne-s, ont été brutalement réprimées dès le début.
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Estación Central (Chili) : le bus ne résiste pas au nouveau pacte électoral

traduit de l’espagnol de noticiasdelaguerrasocial, 5 noviembre, 2020

Le 16 octobre dans la commune d’Estación Central [banlieue de Santiago], vers 21h, le chauffeur d’un bus du Transantiago est menacé par des armes à feu et contraint d’en descendre. Des anonymes aspergent alors le bus d’essence, l’incendiant complètement à l’angle des rues Portales/Padre Hurtado.

Les pompiers sont rapidement arrivés sur place et ont retrouvé des tracts laissés sur place où on pouvait lire: « Face à un nouveau pacte électoral. Violence révolutionnaire contre l’État / la prison / le Capital. Attaque incessante contre les rouages de la machine du pouvoir.  »

Cette attaque s’est produite quelques jours avant l’anniversaire de la révolte du 18 octobre, et à la veille du plébiscite pour une nouvelle constitution.

Concepción (Chili) : Feu le concessionnaire automobile

[Dans la ville de Concepción au petit matin du 5 octobre 2020, quelques jours avant le référendum sur une nouvelle Constitution, un engin incendiaire a fait partir en fumée quatre véhicules et provoqué des dégâts dans les bureaux du concessionnaire automobile Automotora Maritano Ebensperger. Des tracts ont été retrouvés sur place et reproduits par la presse chilienne, dont nous donnons la traduction de l’espagnol.]

Nous ne sommes rien, nous ne sommes personne

Ne nous cherche pas en quelque endroit, parce que nous sommes partout, nous croissons dans les arbres et sortons de sous les pierres. Nous sommes je, tu, lui/elle… et nous nous savons complices.
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Temuco (Chili) : A voté !

Dans la nuit du 23 octobre dernier, une forte explosion a secoué le siège du service électoral (SERVEL) à Temuco, quelques jours avant la tenue du plébiscite pour une Nouvelle Constitution, stratégie du pouvoir pour institutionnaliser et calmer la révolte.

Le service de déminage des carabiniers (GOPE) est rapidement arrivé sur place, constatant la présence d’un engin explosif composé de poudre qui aurait malheureusement produit plus de bruit que de dégâts.

[A partir de noticiasdelaguerrasocial, 5 noviembre, 2020]

Iquique (Chili) : l’acharnement finit par payer

Le 18 octobre au Chili se sont déroulées des manifestations dans de nombreuses villes à l’occasion du premier anniversaire de la révolte qui avait éclaté fin 2019. En plus de tout ce qui s’est passé dans la capitale Santiago, comme les deux incendies d’églises, les affrontements avec la flicaille et les pillages, au moins deux événements ont ému les autorités ce dimanche à Iquique, dans la province de Tarapacá.

Le premier s’est produit lorsqu’une voiture a été cramée par des manifestants et que le portail du supermarché Lider a été enfoncé pour le piller, avenida Héroes de La Concepción. Quant au second, il a montré une fois de plus les possibilités offertes aux individus qui ont identifié l’ennemi en se donnant les moyens d’agir, au-delà de la foule qui a notamment procédé à un blocage à hauteur de Pozo Almonte, sur la ruta 5 qui relie la ville portuaire d’Iquique à l’intérieur du pays.
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Contulmo (Chili) : sabotage contre l’industrie forestière

Un groupe d’inconnus a mené une nouvelle attaque incendiaire dans la province d’Arauco [en zone mapuche], qui s’est terminée par l’incendie d’au moins quatre camions et deux engins forestiers, selon les médias locaux. Ils se sont rendus sur une zone d’exploitation forestière située dans le secteur de San Ernesto, au nord de la commune de Contulmo, où ils ont procédé à l’incendie sans qu’il n’y ait de blessés.
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Chili : une mise à jour sur la situation de Mónica et Francisco

Informations après un mois d’incarcération des compagnons Francisco Solar et Mónica Caballero (août 2020)
traduit de l’espagnol de Contramadriz, 27 août 2020

Le 24 juillet 2020, l’État a arrêté les compagnons anarchistes Francisco et Mónica, accusés de l’envoi de colis piégés contre le commissariat n°54 et l’ex-ministre de l’Intérieur Rodrigo Hinzpetter (juillet 2019, action revendiquée par “Cómplices Sediciosos / Fracción por la Venganza”) et la double attaque explosive contre le bâtiment Tánica situé dans le quartier de Vitacura (février 2020 en pleine révolte, action revendiquée par “Afinidades Armadas en Revuelta”).
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Chili : une lettre de Mónica depuis la prison de San Miguel (mis à jour)

traduit de l’espagnol de Contrainfo, 2 août 2020

Santiago du Chili, début août 2020

Prison de San Miguel,
31 juillet 2020

Compagnon.ne.s, ami.e.s et proches,

Je vous écris à nouveau depuis une cellule. Je suis enfermée dans la prison de San Miguel, et resterai isolée pendant 14 jours selon le protocole de prévention de la contagion de la Covid-19, ensuite ils décideront dans quel régime me classer et me placeront dans un module définitif.
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